Graffiti Général, 40 ans d’histoire

La grande maison de ventes d’art contemporain, ArtCurial, située aux Champs-Elysées, a présenté Graffiti Général, le nouveau livre de Karim Boukercha, le jeudi 6 novembre 2014. Il retrace quarante ans d’histoire du graffiti grâce à des photographies prises des terrains de Stalingrad de Paris aux Magasins Généraux de Pantin.

Ambiance détendue à la maison de ventes Artcurial lors de la présentation de Graffiti Général, dernier livre de Karim Boukercha. Cet ancien graffeur, devenu par la force des choses « historien », revient sur 40 ans d’histoire du graffiti. Accompagné des photographes, Yves Marchand et Romain Meffre, Karim Boukercha a gardé une trace, dans son livre, des graffitis qui ornent les Magasins Généraux de Pantin. L’agence internationale de publicité BETC a demandé à l’auteur de conserver ces peintures avant la transformation des lieux pour y installer ses nouveaux bureaux.

Au cœur du livre de Karim Boukercha © Marie-Ange Baudin
Au cœur du livre de Karim Boukercha © Marie-Ange Baudin

Un travail d’équipe autour de Graffiti Général

Avec son grand format, 35,5 x 26,5 cm, Graffiti Général est un véritable écrin pour les photographies de ces graffitis. Les premières pages invitent le lecteur à prendre possession des lieux. Une odeur de peinture à la bombe sèche se dégage, il ne s’agit pourtant que de celle du livre. Autour de l’auteur gravitent aussi les artistes. Karim Boukercha a entrepris d’en retrouver certains présents sur les murs des Magasins Généraux.

Les Magasins Généraux abritent les œuvres de nombreux artistes. Pour écrire son livre, Karim Boukercha en a contacté certains tels Marko93, Dacruz ou encore Itvan Kebadian, pour ne citer qu’eux. Marko93, graffeur depuis la fin des années 80 et spécialiste dans le light painting, a été contacté par le Comité départemental du tourisme du 93 pour peindre la façade principale des Magasins Généraux. Cette commande a été passée dans le cadre du projet : l’Eté du Canal. Le comité a aussi proposé à l’artiste Dacruz de participer. Face à ce challenge, les deux artistes ont « invité des amis brésiliens et de la région parisienne ».

Retour aux origines de Graffiti Général

Assis à une table, les yeux de l’auteur se mettent à pétiller lorsqu’il revient sur les origines du projet, Graffiti Général. En premier lieu, Rémi Babinet, président de l’agence de communication BETC, a contacté Karim Boukercha « pour le visiter avec lui parce qu’il avait conscience qu’une vraie âme habite le bâtiment. Il ne voulait pas garder les graffitis dans la nouvelle agence de BETC pour ne pas qu’ils perdent leur charme ». En compilant les différents types de graffitis, les deux hommes ont décidé de « garder une trace de ce lieu avant qu’il ait une nouvelle vie ».

Séduit par le projet, Karim Boukercha a ainsi pu « autopsier un lieu qui va muter et raccrocher son histoire à celle du graffiti ». Cette histoire le passionne : depuis les années 80, le graffiti n’a cessé d’évoluer. Pour expliquer ce changement, des photographies historiques de « spot » comme Stalingrad, à Paris, côtoient celles prises aux Magasins Généraux par les photographes, Marchand et Meffre. Les graffitis rentrent ainsi un peu plus dans la vie de leurs fans via les photos, le livre.

Dédicace de Marko93 ©Marie-Ange Baudin
Dédicace de Marko93 ©Marie-Ange Baudin

Le graffiti, un art comme un autre

Galeries, travail avec des marques, participation à des livres, les graffeurs semblent quitter la rue pour rentrer encore plus en contact avec leur public. « Le graffiti n’est pas une vierge effarouchée », s’exclame avec un grand sourire Karim Boukercha quand on lui demande son point de vue sur ce phénomène. « Quand on connait l’histoire du graffiti, on constate que les effets de mode comme celui-là reviennent souvent. Il ne faut pas juger un courant de peinture, il se développe comme il doit le faire », explique l’auteur même s’il préfère admirer les graffitis à l’extérieur.

Marko93 partage l’avis de Karim Boukercha. Selon lui, « les marques représentent les nouveaux mécènes ». Les artistes ne doivent pas avoir peur d’assumer leur collaboration avec des marques. « Nous avons une vie marginale et le privilège de vivre de ce que l’on aime. Cependant il faut manger, entretenir une famille, se loger alors si c’est le prix à payer… », souligne l’artiste. Le prix à payer : être critiqué par ceux que les marques n’ont pas choisis. Karim Bourkercha et Marko93 montrent ainsi que le graffiti est un mouvement artistique « presque comme un autre ».

Article écrit par Marie-Ange Baudin
Vidéo d’Alexandra Hérault

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