Seth, artiste-reporter

L’art urbain prend toujours plus d’importance en France. Ces artistes travaillent souvent dans l’illégalité. Certains deviennent de plus en plus connus comme Julien Malland qui peint sous le pseudonyme Seth. Urban Art Paris est parti le rencontrer dans ses ateliers de Bobigny, en Ile-de-France.

Quelques bombes de peintures posées par ici, des toiles accrochées ou calées contre un mur, un canapé logé dans un coin : bienvenus dans les ateliers de Julien Malland. Ce quarantenaire parisien a commencé sa carrière avec la scène graffiti du milieu des années 90. Comme tout artiste de rue, il a choisi un pseudonyme. Le sien, Seth, se réfère à la mythologie égyptienne, à la consonance sept du chiffre lui-même et dans la mythologie biblique, Seth est le troisième fils d’Adam et Eve. Ce grand fan de graffiti a également publié des livres et participe à une émission de Canal+ pour aider le grand public à comprendre ce nouveau mouvement artistique.

Dans les ateliers de Seth © Marie-Ange Baudin
Dans les ateliers de Seth © Marie-Ange Baudin

Vous avez fait l’ENSAD, pourriez-vous nous expliquer votre passion pour le graphisme ?

J’aime bien dessiner, c’était le seul truc que je savais bien faire.

D’ailleurs comment êtes-vous descendu peindre dans la rue ?

J’ai commencé par photographier des graffitis puis j’ai rencontré des gens du milieu. J’ai commencé à peindre dans le 20e arrondissement avec d’autres graffeurs du quartier. Disco a été le premier d’entre eux à voir que je dessinais bien. Ils m’ont invité à peindre sur les fresques.

Les graffitis véhiculent souvent des messages, quels étaient les vôtres à vos débuts ?

Aucun, surtout qu’au début je ne faisais pas lettrages, c’était plus des personnages sans thèmes particuliers. A partir de 2003, j’ai voyagé un peu plus et cela m’a permis de voir qu’il y avait une multitude de façons de s’exprimer dans la rue. Je représente souvent des enfants, même si ils ont tendance à grandir ces derniers temps. Les enfants sont souvent  les premiers spectateurs de mes peintures dans la rue et ils ont un regard innocent qui parle à tous lorsqu’on les représente. En les dessinant, mon discours devient plus universel.

Oeuvre sur toile © Marie-Ange Baudin
Oeuvre sur toile © Marie-Ange Baudin

On sait qu’en France, le graffiti a du mal à trouver sa place. Lors de vos voyages, avez-vous constaté la même chose ?

Dans les autres pays, le graffiti est mieux accepté. En France, nous sommes assez conservateurs, nous avons beaucoup de les réglementations. Par exemple, même si l’on est propriétaire de son mur, on n’a pas le droit de peindre n’importe quoi dessus. Mais heureusement les choses et les regards des gens sont en train de changer, et de plus en plus de choses sont organisées : festivals, réalisations de fresques, résidences.

Vous êtes un artiste de rue donc libre cependant vous travaillez aussi pour des commandes, cela n’est-il pas contradictoire ?

Non j’aime bien les deux mais je ne peindrais pas pour n’importe qui pour autant. Par exemple pour le festival des Lézards de la Bièvre dans les 5e et 13e arrondissements de Paris, les riverains ont sollicité mon intervention auprès de la mairie. J’ai donc pu peindre dans la rue sereinement alors que c’est totalement illégal dans Paris. Le travail peut être ainsi mené à bien.

Récemment à Paris, la Tour 13 a fait un véritable buzz dans le milieu de l’art et du street art. En effet, des graffeurs, artistes de rue ont pu peindre à l’intérieur de la Tour avant sa destruction en octobre 2013. Vous avez pu participer à l’événement, pouvez-vous nous raconter votre expérience ?

J’ai été contacté pour peindre dedans. Au moment où j’y suis allé une bonne moitié été déjà recouverte. Sept mois ont été nécessaires pour peindre l’ensemble du lieu. J’ai été là-bas que quatre jours donc je n’ai pas pu voir tout le monde. J’étais content de retrouver certains de mes amis que j’avais rencontré lors de mes voyages en Amérique Latine. Tous ces artistes venus du monde entier ont ainsi présenté un large panel du street art.

Les gens attendaient depuis 3h du matin que la Tour ouvre. Que pensez-vous de cet engouement ?

Fou. Je savais qu’il y avait de la demande par exemple avec le Mausolée et les Bains Douches organisés par Agnès B mais le grand public n’avait pas eu accès. Là la Tour était ouverte à tous, cela prouve qu’il s’agit d’un grand mouvement artistique que beaucoup appelle d’ailleurs Street Art.

Vous, ce terme vous convient-il ?

Je préfère dire que je me considère comme peintre public puisque je tourne mon travail vers lui. J’essaie de parler aux gens qui vont passer devant même s’il ne s’agit pas forcément d’un message cela doit interpeller.

Seth peingant devant les murs de les salles de vente Drouot © Marie-Ange Baudin
Seth peingant devant les murs de les salles de vente Drouot © Marie-Ange Baudin

Vous venez de dire que vous aimiez interpeller, est-ce dans ce but que vous participez également à l’émission Les nouveaux explorateurs de Canal+, que vous écrivez des livres ?

J’ai commencé par publier une livre de voyages autour du graffiti puis des producteurs m’ont contacté pour intégrer l’émission. Leur concept m’a plu et j’avais envie d’aider le public à comprendre le sens de toutes ces peintures que l’on voit dans la rue. D’ailleurs, avec les livres on cristallise cet art éphémère et ainsi une continuité se forme dans l’esprit des gens : ils ont l’impression d’avoir un livre d’art « normal ». En suite avec mes carnets de voyage, j’ai pu partager mes expériences. Le livre est un très bon médium pour ça : il permet d’écrire, de mettre des photos de l’environnement autre que la pièce elle-même. Avec la vidéo, on touche un public encore plus large.

Nous voici à la fin de notre interview, alors nous allons passer aux questions Urban Art Paris, qu’elle est votre rêve ?

J’ai beaucoup de rêves donc je ne saurais pas lequel choisir. Je dirais de pouvoir continuer à peindre, à voyager, à rencontrer et à partager mon travail.

Quel est votre artiste préféré ?

Je n’en sais rien, j’en aime tellement. J’adore d’ailleurs les rencontrer et travailler avec eux. Le travail collectif permet de m’être son ego de côté et d’apprendre toujours de nouvelles choses.

Si vous deviez être un objet…

Un bout de charbon de bois ou fusain, c’est avec ça que je trace mes personnages sur les mur avant de les peindre. C’est un matériel simple, qu’on trouve partout, avec qui tout le monde peut dessiner et qui garde une certaine noblesse.

Et enfin quels conseils donneriez-vous à de jeunes créateurs ?

Je n’en donnerai qu’un : être vrai dans son travail. Etre honnête envers soi-même et  c’est comme ça qu’on peut finalement toucher les autres.

Interview de Marie-Ange Baudin

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