Bebar, un graffeur au franc parlé

Cachés par la végétation, dans le vieux Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, des murs s’élèvent et laissent apparaître les œuvres de Bebar. Issu du graffiti, l’artiste profite des vacances pour peindre et ne pas perdre son tracé. Rencontre avec ce jeune homme de 22 ans au franc parlé.

Sons hip-hop et électro en fond d’ambiance mêlés au bruit des bombes aérosols, trois jeunes sont en train de se donner des conseils sur le choix des couleurs, de la dimension de leur dessin… Bienvenue sur le terrain de jeu préféré de Bebar. Artiste français, né à Vitry, Bebar tire son surnom de sa pilosité : « j’ai eu très jeune une barbe, sûrement à cause de mes origines espagnoles. Et sinon mon pseudo vient aussi du fait que je me débrouille toujours pour trouver mon matériel, ne pas monnayer sa passion. Ces principes forment la base du vandale ».

Le lieu baigne dans les rayons de soleil. Les couleurs des peintures du jeune homme et de ses amis chatoient grâce à cette lumière. Et les personnages de Bebar prennent vie. « Je m’inspire du monde cartoonesque de notre enfance : Looney Toons, Tex Avery et les autres. » Les cartoons ont un code simple : aplat de couleurs, simplification du trait, message direct. « Ces codes se retrouvent aussi dans le graffiti, explique l’artiste. Je n’ai rien inventé. » Ces deux cultures se mélangent très bien et se nourrissent l’une et l’autre.

Dashe X Bebarbarie ©  Berbarbarie
Dashe X Bebarbarie © Berbarbarie

Etudiant dans une école d’arts appliqués, Bebar traverse les rues, les villes pour s’y rendre. Résultat : l’esprit académique et celui de la rue font partie de sa vie. « Les deux styles se rencontrent. J’essaie surtout d’apporter le style de la rue dans mes travaux académiques », précise Bebar. Ses œuvres reflètent à la fois son époque et ses influences issues du hip-hop.

Personnages et formes abstraites composent l’univers graphique de l’artiste. Sans message particulier, ses réalisations laissent toute liberté au public d’y imaginer ce qu’il veut. Cependant les personnages reflètent le dégoût que l’on peut éprouver face à l’évolution de la rue, de ce qui s’y passe. Cette « mise en abîme » comprend l’évolution de la société, de l’importance de la culture qui se perd.

Mélange de dessin et de graff ©  Berbarbarie
Mélange de dessin et de graff © Berbarbarie

Son travail traduit donc bien plus qu’il ne le dit, son ressentit sur la vie. « Mes personnages ne cessent d’évoluer. Ma base se constitue de formes réalistes et abstraites, principalement ovoïdales. Elles dénaturent le sens figuratif des visages. J’appelle mes personnages  » mutation  »  », développe Bebar avec passion. Au départ, il a commencé par dessiner quelques croquis. Une fois face au mur, « le geste devient plus fluide, plus intuitif. Cette spontanéité donne de la puissance au graff ».

Cette énergie vient également de la sensation que procure l’utilisation de la bombe aérosol. Bebar compare ces gestes à une « chorégraphie de danse ». « Plus on s’entraîne, plus les gestes deviennent fluides. Ta bombe devient la continuité de ton corps. Tu dois être agile comme un danseur et savoir te faire confiance : tu peux avoir un bon geste mais si tu ne tiens pas sur tes jambes en montant sur le mobilier urbain pour atteindre le haut du mur, tu tombes, c’est raté. Finalement, telle la danse, le graff demande beaucoup d’entraînement. »

Bebar au Sonart © Alexandra Hérault
Bebar au Sonart © Alexandra Hérault

Avec sa détermination qui se lie dans ses yeux, le jeune homme se confie sur les lieux où il préfère peindre : Les Frigos, La Poterne des Peupliers, et bien sûr le Canal de l’Ourcq. «  Et ici, à Vitry. Je préfère repeindre sur mes propres réalisations », précise-t-il. En effet, tout autour de lui dansent sur les murs ses personnages. Grâce aux photographies, il peut immortaliser chacun d’eux. « Les photos que je prends ou que les autres prennent, servent d’archives et également à me faire connaître. »

Au temps d’Internet, Bebar reconnait que les réseaux sociaux l’ont aidé dans son ascension. «  Avec le web, je trie les informations. J’ai arrêté la télévision. Je ne souhaite plus être esclave de cette grande société de consommation où seul l’art populaire reste gratuit », conclut-il.

 

Toutes ses oeuvres sur son compte Tumblr

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