Joris : artiste touche-à-tout qui interroge notre temps

Joris Delacour, alias Joris, égaie les rues de Paris de ses œuvres colorées, animées de figures humaines et animales. Peintre décorateur d’intérieur, street artiste également professeur de dessin, il aime multiplier les casquettes et les techniques picturales. Des fenêtres de son appartement du 19ème arrondissement de Paris, on domine la Ville de l’amour, comme un clin d’œil au cœur perché sur le I de son nom. Rencontre avec un artiste curieux de son temps et des autres.

Bonjour Joris, peux-tu nous raconter ton parcours ? Ancien élève des Beaux-Arts, comment as-tu réussi cette synthèse entre des études académiques et le fait de peindre dans la rue ?

Mon rapport à l’école ne m’a pas fait devenir ce que je suis aujourd’hui. Mes professeurs avaient des thèmes imposés et les affichaient parfois sans vie aux autres, sans vraiment essayer de les faire comprendre, peut-être ne les avaient-ils pas compris eux-mêmes. En parallèle, j’ai passé beaucoup de temps à rencontrer différentes personnes, des artistes, des gens qui avaient des choses à dire. J’ai d’ailleurs fait mes plus belles rencontres grâce au hasard. J’ai toujours été sensible à ceux qui avaient la capacité de transmettre leur opinion, des personnes libres et maîtres d’elles-mêmes. Je n’ai jamais autant appris que depuis que je suis face à la liberté.

L’histoire de l’art semble t’avoir influencé : dans tes œuvres, tu fais souvent référence à des artistes connus, notamment Frida Kahlo dont tu as fait le portrait, Klimt et Botticelli, dont tu as détourné le tableau de La naissance de Vénus. Souhaites-tu leur rendre hommage ou t’en inspirer ?

Ces artistes m’ont beaucoup inspiré. J’ai souhaité leur rendre hommage et aussi donner la possibilité à d’autres de comprendre quels sont leurs secrets. Je les introduits également de cette manière dans mes cours de dessin. Chaque professeur a sa façon d’amener l’autre au dessin. Ma méthode demeure bien particulière : je commence par relaxer les élèves. J’essaie de les détacher au maximum de leurs peurs ou de leurs frustrations, et d’enlever dans un premier temps toute notion d’imagination pour mieux leur montrer les techniques. Souvent dix minutes avant la fin de l’élaboration d’un dessin, je dis « maintenant, vous pouvez improviser ». Quel est l’intérêt ? Avoir une vue sur l’ensemble de ce qu’on essaie de décrire. Et je trouve cela important que les élèves soient relax pour faire cette étape-là : c’est la plus importante.

La Fontaine de Jouvence © Joris
La Fontaine de Jouvence © Joris

Donnes-tu des cours de dessin en tant que particulier ou dans une école ?

Je donne des cours de dessin via la structure que j’ai créée, le studio Vague Id. Il regroupe quelques artistes avec qui je collabore et il est notre marque de fabrique. Je donne des cours collectifs de graffiti / street art tous les dimanches à Paris, accessibles aux personnes de 4 à 100 ans. Je donne aussi des cours dans des écoles à des classes entières pour encadrer la jeunesse et aider les enfants à faire sortir leur créativité, et dans des team building d’entreprises pour initier à l’art urbain des équipes qui ont besoin de se changer les idées et de se détendre.

On retrouve dans tes œuvres une partie qui est très structurée et une autre partie qui fait la part belle à l’improvisation, est-ce volontaire ?

En fait, je ne souhaite pas arriver à un résultat en particulier. J’ai fait pas mal de recherches, essaier de faire varier les sujets et les procédés graphiques pour me construire un style graphique mais je ne veux pas me ranger dans une case précise. J’aime bien toucher un peu à tout.

Pourquoi t’es-tu mis à peindre dans la rue et depuis combien de temps fais-tu cela ?

Ça fait deux ans. Peindre dans la rue m’a permis d’avoir accès à des grands formats, pour peindre avec de grands gestes. Quand on fait des mouvements, qu’on se baisse, qu’on s’assoit, qu’on regarde son dessin, qu’on se remet en action, c’est un autre rapport au dessin : l’esprit et le corps s’expriment.

Joris et son univers © Chloé Goddet
Joris et son univers © Chloé Goddet

Tes œuvres représentent une grande diversité de sujets – soit des animaux, soit des personnes – dans des tons très vifs. Un sentiment de sérénité et de paix s’en dégage. Est-ce le message que tu veux faire passer ?

Oui, c’est aussi ça. En fait je trouve normal qu’on ne se classe pas dans une catégorie à part en tant qu’espèce humaine. On est des animaux, ni plus ni moins. On a un langage et on a accès à la matière, mais nous sommes des animaux. Je mélange facilement les deux visions, je fais des parallèles entre animaux et êtres humains parce qu’on a beaucoup de choses en commun.

Penses-tu continuer à peindre ces thèmes ? Quels sont tes futurs projets ?

Je vais de plus en plus essayer d’inclure des thèmes qui sont propres à la liberté et à des valeurs qu’on est censés défendre en France, mais qu’on défend peu parce qu’on croit n’être maîtres de rien. Il faudrait qu’on maîtrise un peu plus nos pensées, qu’on se pose les bonnes questions, qu’on aille davantage vers ce qu’on est. Je pense qu’il est important de parler du rapport à l’argent, du rapport au travail, du rapport aux difficultés. Mais je ne suis pas militant, j’aime simplement le fait qu’on puisse s’exprimer en général. J’essaie de parler de sujets qui m’interpellent, de parler de la réalité, mais sans faire ça de manière sinistre. Et ce que j’aimerais transmettre aux autres, je suis ouvert aux échanges d’idées : plus comme un appel à la création

Dans tes œuvres, qui sont figuratives, il y a toujours des petits motifs abstraits. Est-ce uniquement décoratif ou y vois-tu un sens ?

Il s’agit d’une part d’éléments figuratifs et d’autre part d’éléments abstraits qui les accompagnent, chargés de symboles. Tout cet abstrait n’est pas forcément compréhensible de la même manière par toutes les personnes :c’est sa particularité. Il laisse la possibilité à tout un chacun d’y voir ce qu’il veut. Personnellement, j’y vois une mécanique, une dynamique, un fourmillement de formes, quelque chose de très intuitif, d’un peu électrique. On pourrait imaginer un petit réseau de circuits électriques, des connexions dans tous les sens. On peut aussi y repérer le thème du rapport au temps grâce au symbole du sablier. Et c’est marrant car le sablier représente deux triangles qui se pointent l’un l’autre comme des flèches. Les deux flèches s’annulent et indiquent un point précis qui se trouve ici-même, comme le présent. Je trouve important de ne pas être plongé dans le futur ou dans le passé, d’être là, présent, serein, et faire ce qu’on aime. On passe son temps à imaginer que le futur va nous apporter satisfaction alors que d’entrée de jeu il nous faut admettre qu’on a des satisfactions : la réalité se vit là, tout de suite, maintenant.

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