L’Urban Art Fair : instantané d’une scène artistique en plein boom

Du 22 au 24 avril, l’Urban Art Fair met Paris à l’heure de l’art Urbain

 

Installée dans la halle du Carreau du Temple, la première édition tant attendue de l’Urban Art Fair, première foire exclusivement dédiée à l’art urbain à Paris, semble avoir remporté un franc succès. Dès le vernissage de l’événement et jusqu’à sa fermeture, le lieu n’a pas désempli, en attirant une foule d’experts du milieu, d’amateurs et de novices en tous genres. Plus de 20 000 personnes sont venues découvrir la sélection artistique proposée par les 32 galeries (parmi lesquelles 21 françaises et 11 étrangères) et deux collectifs d’artistes qui ont répondu à l’appel.

Ce premier salon vient confirmer l’engouement croissant du public international pour l’art urbain qui bénéficie depuis quelques années d’une visibilité toujours plus grande grâce aux réseaux sociaux. Cet art est de moins en moins réservé aux connaisseurs et intègre peu à peu le monde de l’art contemporain au sens large, comme en témoigne la participation de Magda Danysz ou de la galerie Lazarew, non spécialisée dans le domaine.

© Kembi Rick
© Kembi Rick

Cette première édition a révélé une sélection d’œuvres d’une grande richesse et variété. Les visiteurs ont pu [re]découvrir la multiplicité des techniques utilisées dans le monde de l’art urbain : pochoirs, acrylique, spray, collage, installations etc. « Cette foire montre que tout ce qu’on met sous la bannière du Street Art est large. Il y a des choses qui sont radicalement opposées sur la foire et tant mieux », explique Laura de Pontcharra de la galerie Lazarew.

Entre les œuvres d’artistes phares ou montants comme Hopare représenté par la Galerie 42b, Vhils présenté dans l’exposition de l’Anthologie du street-art de Magda Danysz et C215 chez la Galerie Bertheas, celles de figures historiques du mouvement comme Sin, Miss Tic, Obey, Futura, ou encore d’artistes locaux moins connus, chacun a pu trouver son bonheur, et l’éclectisme était au rendez-vous.

© Kembi Rick
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Parmi cette foule diverse d’artistes aux philosophies parfois divergentes, l’événement a ravivé la question toujours latente de l’institutionnalisation d’un art libre né dans la rue et pour la rue : avec l’Urban Art Fair, l’art urbain entre officiellement dans la danse du marché de l’art rythmé par les grandes foires internationales et ses acteurs incontournables. Ceci a été remarqué par le public qui aurait souhaité voir plus de performance live mais comme le souligne Yannick Boesso à l’origine de l’Urban Art Fair,  » c’est la contrepartie de l’institutionnalisation de ce mouvement : les choses doivent être faite dans les règles de l’art « .  Il souhaitait faire vivre le quartier cependant le délai était trop court et il aurait ainsi pu  » marquer le passage de l’extérieur à la galerie, et l’inverse. Et montrer que ce passage n’abîme pas l’art urbain puisque ce n’est pas pour autant que l’on voit moins de murs peints dans la rue.  » L’idée principale était donc d’appliquer les codes de l’art contemporain à l’art urbain qui est  » incontestablement le plus mouvement d’art contemporain «  . Ces codes seront-ils pour le meilleur ou pour le pire ? L’avenir nous le dira…

© Kembi Rick
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Mais c’est la richesse du salon que nous retiendrons, avec la présence de plusieurs solo show, d’une anthologie du street art, d’une maison d’édition spécialisée, de performances, d’installations artistiques et de conférences. La projection le samedi soir à l’auditorium du film documentaire « Girlpower », réalisé par la graffeuse Sany, a été l’occasion de soulever une autre question importante, celle de la place de la femme dans ce milieu encore dominé par les hommes – une réalité confirmée par la minorité d’artistes femmes représentées sur la foire (à peine une dizaine).

© Kembi Rick
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Il semble donc que la première édition d’Urban Art Fair ait remporté le pari de faire de cet événement marchant un événement culturel pluriel s’adressant à un large public. Seule ombre au tableau, l’absence remarquée des grosses pointures du street art parisien telles que les galeries Itinerrance, Mathgoth ou encore Openspace… La seconde édition nous réservera en tout cas de nombreuses surprises, et proposera surement une programmation davantage tournée vers la rue.

Article de Mélody Parize et Hélène Planquelle

Photos de Kembi Rick

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