Monkey Bird : un duo qui en impose tout en finesse

Partir en expédition dans la jungle sans quitter Paris ? La Galerie Artistik Rezo rend cela possible grâce à la première exposition des Monkey Bird, du 15 septembre au 3 novembre. Né à Bordeaux, le collectif présente ici une série d’œuvres hybrides dans une atmosphère à la fois urbaine et végétale.

A peine la porte franchie, la scénographie vous transporte. Quelques dalles superposées sur le parquet s’entrechoquent, des tas de feuilles automnales débordent aux quatre coins de la pièce. L’espace a été pensé par les artistes comme une extension des œuvres où chaque élément résonne avec sens. Emprunt de poésie contemporaine, leur travail amène à la réflexion au travers des deux animaux totems : le singe pour Edouard et l’oiseau, Louis. Ces deux animaux symbolisent  » un pont entre l’Homme et l’animal ainsi que l’alchimie entre le corps et l’esprit « . Pour les deux jeunes hommes, l’oiseau représente l’esprit libre et son envie de partir vers de nouvelles terres, tandis que le singe renvoie au côté plus matériel et humain.

 

Urban Art Paris : Quelle est votre source d’inspiration ?

Edouard : Notre source d’inspiration part de toutes les représentations symboliques que nous pouvons trouver dans les cathédrales,dans les cimetières ou dans les vieux manuscrits. Trouver un juste milieu entre le contemporain et l’ancien nous intéresse et c’est pour cela que nous travaillons énormément sur bois. Nous espérons donner une seconde vie à ces objets et leur proposer une essence autre que leur fonctionnalité.

Comment l’envie de passer à un travail sur le bois vous est-elle venue ?

E : Le bois est une matière première noble qui peut se travailler facilement et qui apporte un caractère très spécifique à nos créations. Quand nous avons commencé à faire des tableaux, nous ne voulions pas de toiles. Ces dernières demeurent un support assez froid, sans forcément de vécu. Nous avons besoin d’intégrer la fuite du temps dans nos créations et le moyen de le montrer passe par le mobilier ancien et l’ajout de matériaux qui ont une histoire comme le bois.

Un travail qui captive l'attention © Tamara Zas Friz
Un travail qui captive l’attention © Tamara Zas Friz

En termes de proportion, produire des tableaux a-t-il pris le pas sur votre expression murale ?

E : Il est vrai que nous produisons moins spontanément dans la rue. Après nous participons énormément à des peintures lors de festivals ou des commandes privées de murs extérieurs comme pour la Mairie. Nous venons d’ailleurs de réaliser à Grenoble une fresque immense de 32 m de haut sur 10 m de large. Ces formats sont assez conséquents et forment un véritable challenge car nous avons l’habitude de travailler sur des surfaces plus réduites.

Nous imaginons que le principal défi est de voir comment vous allez transformer une surface géante en conservant un travail minutieux ?

E : Le défi pour nous est de trouver un dessin en adéquation avec le support tout en travaillant avec finesse. Vu que nous travaillons avec une seule couche, le pochoir blanc, cela nous permet de creuser davantage les volumes et d’obtenir une profondeur plus conséquente que d’autres pochoirs.

Comment caractériser votre style ?

E : Notre exécution se caractérise par le détail et le travail manuel qui se rapproche de la dentelle. Nous sommes, dans un sens, plus des artisans d’art que des artistes. Nous créons des pièces d’orfèvrerie où tous les fragments mis bout à bout donnent un visuel.

Louis : Il s’agit d’un vrai métier d’oeuvre pour nous. Nous faisons surgir l’histoire de l’art en faisant des fresques qui sont à la fois influencées par le passé et le graffiti tel qu’on le connaît aujourd’hui : une alliance entre l’idée du muralisme d’avant mais en y intégrant le courant du XXIe siècle avec les moyens et les messages actuels qui en découlent.

L'automne s'invite dans la galerie © Marie-Ange Baudin
L’automne s’invite dans la galerie © Marie-Ange Baudin

C’est donc finalement une rencontre et une croisée entre les deux ?

L : Avec Edouard, nous avons plutôt grandi dans l’univers du graffiti. Suite à nos études et nos passions, nous avons voulu affiner notre travail et le pousser à maturité en nous intéressant à l’histoire de l’art et aux chefs d’œuvres. Notre dimension hybride entre art populaire et orfèvrerie vient de là. Créer un travail précieux nous donne la responsabilité de faire quelque chose de beau pour le rendre accessible sur des murs publics.

Comment voyez-vous l’évolution de votre art ?

E : Notre évolution passe par la recherche de nouvelles ruines et architectures. Cela est assez nouveau. Nous avons envie de donner une seconde vie aux mobiliers mais aussi aux lieux abandonnés qui ont eu du vécu et qui maintenant semblent manquer d’intérêt. Nous essayons ainsi de les magnifier, de les mettre en avant et de leur donner un caractère très particulier et très ancré dans l’histoire.

Comment voyez-vous le street art aujourd’hui ? Quelle est votre vision par rapport aux autres artistes ? Avez-vous des coups de cœur ?

E : Le street art a connu beaucoup d’évolution. Le mouvement s’est tellement développé que maintenant il est partout tout le temps et est à la portée de tous. Cela a quelque chose de très intéressant en termes de concept mais vous dire si tel ou tel artiste me plait me parait difficile tellement  c’est vraiment un point de vue très personnel.

L : Le street art se caractérise par sa pratique en elle-même : travailler dans la rue. En ce qui concerne l’iconographie, le street art peut paraître confus. Le public se confronte à beaucoup de choses différentes bien qu’il y est des références universelles comme Banksy. Son travail a été un point de départ pour notre génération. Un artiste comme lui qui s’exprime au pochoir avec impertinence et en même temps une finesse d’esprit a permis de toucher beaucoup de gens. A partir de là, chacun y a trouvé son identité. Le risque demeure dans l’imitation du travail de Bansky. Il vaut mieux faire son propre truc sur un mur et trouve son concept pour qu’un artiste soit intéressant.

Interview de Tamara Zas Friz

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