Avec le Diamantaire, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »… en oeuvre d’art !

La célèbre maxime de Lavoisier s’applique admirablement à la pratique artistique du Diamantaire.

L’idée principale de ce jeune artiste est simple : récupérer des morceaux de verre abandonnés dans la rue, pour en faire des diamants. Ces oeuvres d’art s’observent sans modération, sur les murs du monde entier ; eh oui, même ceux de Bordeaux !

À l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée à l’Institut Culturel Bernard Magrez, nous sommes allés à la rencontre du Diamantaire pour vous parler de cet univers scintillant, et de ce savoir-faire unique.

 

Quel a été ton parcours artistique ?

Quand j’étais plus jeune, j’adorais le roller ; j’en faisais beaucoup, j’achetais des magazines sur le roller et un jour, dans un de ces magazines, j’ai vu un tag. Vivant en Normandie, la culture hip-hop n’était pas vraiment présente, du coup, ce tag m’a complètement intéressé. J’ai commencé à le reproduire, à acheter d’autres magazines et je suis tombé dans le graffiti, dans le hip-hop comme ça.

Ce qui m’intéressait dans le graffiti c’était cette sensation de liberté, d’existence, de bousculer son quotidien pour créer quelque chose et être en dehors des sentiers battus.

Du coup, j’ai commencé à taguer, mais j’étais plutôt mauvais… alors je suis passé au pochoir et après j’ai fait ces diamants. Tout ça s’est fait sur 10-15 ans ; j’ai découvert le graffiti en 2001 et j’ai commencé les diamants en 2011. 

Comment t’es venue cette idée ? Pourquoi un diamant ?

En parallèle du graffiti, je faisais des études de métallerie-chaudronnerie et j’ai arrêté ces études pour faire du graphisme. En ressortant de là, j’ai eu envie de revenir à la rue, mais autrement. Ce qui me saoulait dans le graffiti, c’est que ça s’adresse qu’au mec du milieu. Je trouve ça dommage parce qu’on s’expose, on prend la parole dans la rue mais on n’exprime rien et on s’adresse à personne. C’est mal vu parce que c’est des signes, des hiéroglyphes pour tous, et moi j’avais envie d’apporter quelque chose de beau et de compris ;  pas forcément par le fond mais au moins par la forme.

Du coup, pour moi, le diamant ça a été l’évolution du graffiti et l’envie de donner à la rue quelque chose de plus intéressant. Au départ, j’ai eu du mal à aller coller dans la rue parce que je trouve ça hyper prétentieux, de coller ou de peindre ; ça veut dire que t’estimes que c’est assez intéressant pour le montrer et l’imposer à tous…

Donc moi ce que j’essaie de créer, c’est une beauté universelle. J’essaie de plaire à tous pour rassembler un peu tout le monde, et laisser de côté personne puisqu’en réalité, les pièces tu les comprends indirectement. C’est un jeu de miroirs, c’est même trop basique.

 

La Rochelle, 2018

Pourquoi ce choix du miroir comme matériau pour orner  les murs ? Utilises-tu d’autres matériaux ?

Ce symbole du minimalisme plus le miroir, c’est mon identité.

J’utilise aussi du verre, de la peinture pour les petits diamants… sur certaines pièces il y a des petites pierres Swarovzki.

Finalement, je ne travaille pas beaucoup d’autres matériaux parce que le miroir, c’est mon identité et c’est ce qui fait aussi que les gens me reconnaissent.

Quel est le message principal que tu souhaites faire passer à travers tes oeuvres ?

L’idée c’est de montrer qu’à partir d’objets de récupération, on peut transformer, sublimer et redonner une valeur esthétique et monétaire. Donner une seconde chance, je trouve qu’on ne donne pas assez de seconde chance dans la vie.

C’est un peu ce que tu as voulu exprimer en appelant cette exposition « Second Life » ?

Oui c’est ça, c’est la deuxième vie. Sur certaines pièces, il y a des miroirs où tu peux voir des rayures… je les ai laissé, c’est volontaire de ma part. Le fait d’avoir un miroir cassé ou rayé, les gens ça les dérange et j’aime bien. C’est intéressant de déranger.

C’est une seconde vie, mais c’est aussi une deuxième fonction, parce que je travaille mes pièces de telle sorte qu’il n’y ait pas de reflets directs. Tu te verras jamais dedans, parce que si tu te vois dedans, t’arrives à structurer la pièce et du coup, il n’y a plus de magie. L’idée c’est de dérouter le spectateur, dans cette infinité de miroirs, de reflets.

Exposition « Second Life » – Institut Culturel Bernard Magrez

 

Aujourd’hui, on peut retrouver tes oeuvres à Paris, mais aussi dans d’autres villes du monde entier comme New York, Montréal, Los Angeles, Miami ou encore Zurich.

Certaines sont-elles visibles dans les rues de Bordeaux ? Comment choisis-tu tes endroits ?

Oui, dans le centre,  j’en ai collé au moins 60. J’en ai collé il y a 4 ans, et il y a 2 ans quand j’étais venu faire la fête du vin.

Aujourd’hui, je préfère aller dans des endroits inaccessibles et sortir des sentiers battus street art pour essayer de surprendre les gens en faisant de l’art autre part que dans la rue. Je trouve ça marrant de cacher, ça m’amuse.

 

Tokyo, 2017

Finalement, qu’est-ce que ça représente pour toi la rue aujourd’hui ?

J’ai plus envie de coller comme je collais avant. Quand j’allais dans une ville, je collais comme un taré, aujourd’hui je cherche plus à mettre un diamant dans des beaux endroits, faire une belle photo. Les galeries m’intéressent plus que ce que je fais dans la rue.

J’aimerais revenir dans la rue avec un projet plus ludique que simplement coller un diamant. J’aimerais vraiment jouer avec les gens, le problème c’est que dans la rue tu n’as pas trop le temps, et c’est vite détérioré.

Quels sont tes projets pour les prochaines semaines ?

Je vais continuer de travailler sur mes pièces ; j’ai envie de les faire évoluer, travailler le mouvement, les faire tourner, pour qu’il y ait encore plus reflets.

 

Retrouvez l’exposition du Diamantaire, jusqu’au 25 février 2018.
Institut Culturel Bernard Magrez
16 rue de Tivoli, 33000 Bordeaux – 05 56 81 72 77
Pour plus d’informations : http://www.institut-bernard-magrez.com/le-diamantaire

Retrouvez le travail du Diamantaire sur les réseaux sociaux et sur son site internet.

Facebook : lediamantairestreetart

Instagram : @lediamantaire_artist

Site internet : http://www.lediamantaire-paris.fr