Dans la “jungle urbaine” d’A-MO

Artiste autodidacte, A-MO a mis au point ces dernières années une technique bien à lui, le « paintag ». Cette technique consiste à peindre en superposant les tags, et le résultat est si fascinant que vous allez tomber sous le charme de cet artiste talentueux.

Actuellement en exposition à la Cox Gallery à Bordeaux, nous sommes allés à la rencontre d’A-MO, pour en savoir davantage sur son univers, où la nature est mise à l’honneur !

Crédit photo : © A-MO

 

D’où vient ton pseudonyme et comment définirais-tu ton univers?

Mon pseudo est une déformation de mon prénom, on m’appelle comme ça depuis que je suis petit…  Je l’ai choisi principalement pour ça, mais il a également l’avantage d’être court, prononçable dans toutes les langues et d’avoir une connotation très positive (amo signifie « j’aime » en espagnol et en italien).  J’ai inséré un tiret entre le A et le MO pour me différencier d’une artiste marseillaise qui portait le même nom et anticiper d’autres à venir… A-MO était né !

Mon univers actuel est assez simple : j’aime faire le lien entre le monde des hommes et celui des animaux. Je peins donc des animaux et des humains dans toute sorte de situations. J’aime particulièrement les interactions improbables, entre un enfant et un animal sauvage par exemple, en mettant en lumière le jeu, la douceur, la coexistence pacifique et heureuse. Une sorte d’idéal aux antipodes de la réalité actuelle.

Pour ce qui est de l’aspect esthétique de mon univers, je peins l’humain (principalement des enfants) au pochoir noir et blanc et la nature (faune et flore) en couleur en utilisant une technique que j’ai appelé « paintag » et qui consiste à peindre en superposant des mots et des lettres stylisés (des tags).

Peux-tu nous présenter ta carrière et ton évolution dans le milieu ?

Ma carrière est toute récente puisque c’est mon métier à 100% depuis trois ans environ.

Je peignais principalement des pochoirs dans les rues de Bordeaux, je m’amusais également à installer des faux panneaux d’information et réalisais des toiles dans un petit atelier très sombre, sans électricité ni aération que j’avais aménagées dans les combles de l’immeuble où j’habitais à l’époque. Je m’amusais bien et je développais mes petits projets dans mon coin, en parallèle d’un « vrai métier ». Peu de gens de mon entourage étaient au courant de mes activités créatives. Un jour, je vois passer sur Facebook une photo de mon travail dans la rue, puis d’autres ont suivi et c’est à partir de là que je me suis rendu compte que quelques trucs que j’avais peint avaient attiré l’attention.

Les réseaux sociaux m’ont permis de rencontrer des personnes intéressées par mon travail et rapidement, Pierre Lecaroz (fondateur de l’association Pôle Magnétic) est entré en contact avec moi et a posté des images de mon travail sur la page Facebook « Bordeaux street art« . J’ai par la suite travaillé avec lui sur plusieurs projets à Bordeaux et ses environs.

Je me suis rapidement mis à sortir du pochoir pour développer ma technique du paintag sur des murs (jusqu’ici je ne la pratiquais que sur toile ou supports de moyenne tailles), ça m’a permis de développer la thématique animale à plus grande échelle. Le petit succès de certaines peintures avec cette technique m’a motivé à creuser dans cette voie, ce que je n’ai cessé de faire depuis.

J’ai ensuite participé à un concours national de street art organisé par les vibrations urbaines de Pessac en 2015, la thématique était « man VS wild », ça me parlait beaucoup ! J’ai eu la chance de gagner ce concours et ça m’a permis de crédibiliser mon travail et toucher de nouvelles personnes.

Un effet boule de neige a commencé et j’ai pu exposer dans plusieurs villes, avoir une expo solo à l’Institut Culturel Bernard Magrez, faire ensuite partie de la collection personnelle de monsieur Magrez et ainsi bénéficier d’une plus grande visibilité.

Les projets se sont multipliés, me permettant de développer la peinture murale tout en travaillant sur des commandes de toiles et préparation d’expositions.

C’est le gros avantage de ma situation actuelle : je ne suis pas cantonné à réaliser uniquement un travail d’atelier ou à ne faire que de la peinture murale ou encore des ateliers.. J’ai la grande chance de pouvoir faire tout ça au fil de l’année, ce qui rend mon travail varié et motivant ! J’ai une chance pas possible !

Crédit photo : © A-MO

 

Par rapport à tes débuts, ton approche de la peinture a beaucoup évolué, ta technique aussi, notamment avec ce que tu appelles le « paintag ». Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes oeuvres ?

Par rapport à mes débuts, tout a pas mal évolué c’est vrai. En fait, je dessine depuis que je suis vraiment tout petit. J’ai jamais été spécialement bon mais j’aimais ça, alors je passais pas mal de temps dans ma chambre à gribouiller des trucs. Du coup, mes influences culturelles d’enfant, d’ado ou d’adulte m’ont fait prendre des directions très diverses et explorer autant de techniques et de sujets que le hasard des rencontres m’apportait. Du coup j’ai eu la chance de tester plein de médiums différents tels que l’aquarelle, les crayons de couleur, l’esquisse au crayon, le fusain, la sanguine, la bombe de peinture, le posca.. Partant de là, lorsque je me suis remis à la peinture murale il y a quelques années (après une première approche du graffiti entre mes 15 et 18 ans, fin des années 90), j’avais cette envie de faire évoluer ma technique, d’essayer plein de trucs, de faire des choses marrantes ou parfois juste esthétiques. Du coup je suis passé du simple pochoir « marrant » dans les rues à la technique du paintag sur murs.

Crédit photo : © Alexandre Daudiffret

 

Globalement le pochoir est cool car il représente pour moi un travail en amont : je cherche un spot, j’essaye de trouver une histoire à mettre en scène, je crée le pochoir spécialement pour ce lieu et le processus de peinture va me prendre quelques minutes. L’esthétique compte alors moins que le sens dans ce cas. En parallèle, je travaillais sur cette technique qui consistait à peindre avec des tags. Ça  m’a pris quelque temps avant que ça ressemble à quelque chose. Ensuite, de la toile, je l’ai expérimenté sur murs, puis fait évolué au fil du temps pour devenir ce que c’est aujourd’hui. Cette technique m’apportait le travail esthétique qui manquait dans le pochoir chez moi. Je suis passé du très abstrait au réalisme, je suis allé tester la saturation de couleurs flashs, les couleurs plus réalistes pour revenir aux tons saturés…

Du coup maintenant j’aime mixer ces différentes techniques et mettre en scène un enfant en pochoir et un animal en paintag, c’est venu naturellement. Un mélange de mes deux inspirations fondamentales de ces 5 dernières années.

Qu’est-ce qui t’inspire pour nous graffer ces messages dans la ville de Bordeaux et ailleurs ? Pourquoi as-tu fait le choix de dessiner des animaux ?

Ce qui m’inspire le plus c’est la nature et ce que ça me fait ressentir. Des choses simples.

Imaginez : vous êtes en pleine campagne, pas un bruit, et là, un chevreuil traverse à quelques mètres de vous, il s’arrête net, vous regarde, et continue sa route tranquillement… Le temps a été suspendu, vous avez ressenti quelque chose que vous ne ressentirez jamais en regardant une vidéo… Cette proximité, cet échange furtif, l’impression de vivre quelque chose d’intense et pourtant ridiculement simple…

Crédit photo : © A-MO

 

Si l’on prend le temps d’observer la nature on comprend vite que c’est une formidable source d’inspiration… Une source de bonheur en fait ! Si l’on sait apprécier la beauté de la nature et toute la richesse qui l’entoure, la vie est je trouve plus heureuse ! Je ne fais que mettre la nature au cœur de mon travail.

Je peins des animaux parce que c’est quelque chose qui m’inspire, tout simplement. J’ai eu la chance très jeune d’avoir un grand-père maternel passionné par la nature et qui m’a rapidement appris à l’observer. Il est parti quand j’avais 12 ans mais c’est quelque chose qui ne m’a jamais quitté, un héritage que je tiens en grande partie de lui : un intérêt et un respect profond pour la nature.

Peindre des animaux m’est donc venu tout naturellement.

Quels sont les messages que tu veux véhiculer à travers ton art ? Quel est ton objectif ?

Je ne suis pas un artiste engagé ou revendicatif. Le simple fait de voir une peinture animalière renvoie indirectement à leur condition et donc à y penser, ne serait-ce que quelques secondes… En mettant les animaux au premier plan je vais donc dans ce sens, je provoque une réflexion même si elle est infime.

Ensuite les mettre en scène, les « humaniser » d’une certaine manière, les rend moins effrayants, plus accessibles, plus « sympas » ou au contraire plus tristes… Cela me permet de véhiculer des émotions parfois un peu plus complexes qui nous renvoient à notre propre humanité, notre propre bêtise, nos propres lacunes…

Crédit photo : © Benoit Cary

 

Penses-tu continuer à peindre ces thèmes ?

Je ne souhaite pas m’enfermer dans une thématique particulière et au contraire je souhaite chercher à m’ouvrir, mais il est clair que la thématique animalière restera quelque chose de présent, de récurrent.

Ça représente quoi pour toi le street art aujourd’hui ?

C’est une terminologie de plus en plus abstraite… C’est plus devenu un « genre » artistique qu’un mouvement à part entière… Le mec qui récupère des panneaux de signalisation pour y peindre en atelier une Marilyn Monroe à côté d’un Mickey se dira street artiste… Je « fais du street art » signifie maintenant « je fais comme ».

Franchement je ne sais pas ce qu’est le street art et j’ai l’impression que chacun en a sa propre définition. Personnellement, quand je peins sur un mur, je considère faire quelque chose de très différent que mon travail d’atelier sur toile… Mais on englobe le tout dans un paquet estampillé « street art ». Si ça facilite la compréhension des gens allez-y, je me fiche un peu du nom que ça prend ou que ça aura dans 20 ans. Ce terme fait grincer beaucoup de dents, décrié par beaucoup, par les « puristes », par les graffeurs, etc… Chacun a ses raisons de cracher dessus, je le comprends parfaitement mais personnellement je m’en fous royalement. Appelez ce que je fais du street art, de la peinture ou juste de la merde, ce n’est qu’une manière parmi tant d’autres d’appeler une même chose…

Avec près de 20 ans d’expérience, quel a été ton meilleur souvenir dans ce domaine ?

Je parle justement de crédibilité juste avant. Je ne considère pas avoir 20 ans d’expérience. Je me suis essayé au graffiti durant mon adolescence mais je n’ai pas creusé dans cette voie… Il s’est passé  beaucoup de temps avant que je ne retouche une bombe de peinture… Je me suis remis à la peinture murale il y a 5 ans. Entre-temps mes travaux créatifs étaient beaucoup plus classiques.

J’ai eu énormément de bons souvenirs durant ces 5 dernières années… Mais là, je pense à une découverte de spot avec un pote graffeur. Un endroit qu’on a eu du mal à trouver et dont l’accès était plutôt difficile, mais on a réussi à trouver un accès dans ce lieu gigantesque laissé à l’abandon depuis des dizaines d’années… Un sentiment assez dingue lors de la découverte et de l’exploration … Un peu comme des spéléologues qui découvrent une nouvelle grotte préhistorique… Quand on peint dans un lieu abandonné, la peinture n’est qu’une étape qui vient s’associer à la recherche et à la découverte du spot. Parfois ce qu’il y a autour d’une œuvre murale est tout aussi passionnant (la peinture est un très bon moyen de voyager et rencontrer des gens).

Crédit photo : © A-MO

 

As-tu des expositions de prévues ou en cours ? Quels sont tes futurs projets ?

J’expose actuellement à la galerie Cox, dans le cadre de l’expo collective King Size. Je vais également participer à une autre expo collective qui débutera mi-mars et j’ai une expo solo prévue mi-septembre.

Pour ce qui est des projets à venir je suis très content car ça va un peu dans tous les sens, je n’ai pas le temps de m’embêter, vous allez voir !!!

Retrouvez l’univers d’A-MO sur les réseaux sociaux et sur son site internet.

Facebook : A-MO

Instagram : @amoarts

Site internet : http://a-mo-art.com/