Kelkin, entre onirisme et dédale urbain

Le street-artist originaire de Cergy, Kelkin (24 ans) étudie à l’école des Beaux Arts, à Angers. Depuis plusieurs années, il explore les souterrains de Méry-sur-Oise, ornés de graffitis, pour y peindre son motif fétiche : le labyrinthe.

Sanctuaire

« Des nuits et des nuits passées à peindre sur des rangées de murs calcaires, dans l’obscurité la plus totale. » Le street-artist Kelkin se rappelle le temps où il se faisait la main dans les carrières souterraines de Méry-sur-Oise, vestiges de la Seconde Guerre mondiale. L’atmosphère froidement troublante des grottes, aux allures primitives, ne lui fait plus peur. Lampe frontale fixée sur la tête et bombe de peinture à la main, Kelkin graffe sur la roche colossale, avec exaltation. « C’est devenu mon sanctuaire »,sourit-il. Sa voix résonne dans l’immense labyrinthe souterrain. Le caractère sacré et onirique du lieu transmet une énergie positive au street-artist. « Quand je rentre en région parisienne, j’improvise parfois des sessions, avec des amis. Peindre dans les souterrains permet un retour à soi et à l’instinct primaire », explique Kelkin.

Anciennes œuvres de Kelkin, carrières souterraines de Méry – © LB

Symbole du rêve

Des tracés sinueux, des symboles antiques, du noir et du blanc. Voici l’univers artistique de l’artisan-peintre Kelkin. « Je passais du temps à dessiner dans ma chambre, évoque-t-il. Un jour, je me suis aperçu que des lignes tortueuses et abstraites apparaissaient sous mon feutre noir, comme un labyrinthe. » Son intention artistique ? S’approprier ce mythe, aux origines préhistoriques, et explorer un monde intérieur. « Pour moi, le labyrinthe est une figuration de l’Homme, explique-t-il. Tout au long de notre vie, on est confronté à des labyrinthes, comme la ville, véritable dédale urbain. »

Kelkin à l’oeuvre dans les carrières souterraines de Méry – © LB

Kelkin à l’oeuvre dans les carrières souterraines de Méry – © LB

Chargée en symboles, l’œuvre de Kelkin évoque le rêve et l’inconscient. « À travers mes peintures, je demande à chacun quel est son rêve, précise le jeune homme. Le public a le pouvoir d’actualiser l’œuvre et de donner un sens aux symboles qui s’y trouvent », s’enthousiasme-t-il. Le street-artist s’inspire des cultures étrangères, en intégrant des symboles Adinkra, berbères ou encore asiatiques. Une œuvre universelle qui fait cheminer le public dans son propre labyrinthe intérieur.

« La Bateleur », par Kelkin, collection « Miroirs de Lames » 2018 – © Kelkin

« Faire vivre mon art »

« Je souhaitais être sur le terrain et faire des choses avec mes mains »,résume Kelkin. Après avoir entamé une licence en Arts Plastiques à la Sorbonne en 2013, le jeune homme s’oriente vers une formation de peintre-décorateur, l’année suivante. Il fait ses preuves au sein de l’entreprise de décoration MVDECOR, où il apprend les techniques de base de la peinture. Aujourd’hui étudiant aux Beaux Arts à Angers, Kelkin perfectionne son savoir-faire. « Je suis en perpétuelle recherche artistique pour faire vivre ma passion », suggère le jeune artiste.

Le street-artist ne peint pas seulement dans les souterrains ténébreux. Lors du projet Street Art City, un lieu unique dans l’Allier (Auvergne) qui accueille les artistes du monde entier, Kelkin réalise ses œuvres les plus conséquentes. En résidence pendant cinq jours en juin 2017, il rénove une façade en friche et réhabilite la chambre 020 de l’Hôtel 128. « J’ai aussi présenté ma plus grosse exposition solo, ‘Miroirs de Lames’, à Street Art City », évoque-t-il, les yeux scintillants. Le lieu est ouvert au public jusqu’au 4 novembre 2018.

La façade rénovée par Kelkin – © Street Art City

En attendant, Kelkin exposera au Muséum de Toulouse, le 16 octobre, dans le cadre de la semaine de l’étudiant. Une soirée-exposition organisée par l’association culturelle Aparté.

Laura BARBARAY