Ruben Carrasco: Neoshamans au M.U.R

C’était le 13 septembre, le M.U.R de Bordeaux fêtait ses 5 ans et la performance n°48 était signée Ruben Carrasco.
Artiste d’origine mexicaine habitant au Canada, grand voyageur, il fait part d’une grande sensibilité envers la nature.
Son coup de pinceau ne laissant personne indifférent, Claudio Maldonado Aka Xunorus, guitariste compositeur argentin qui passait par pur hasard devant le mur a tout de suite été séduit et inspiré. Si bien qu’il a tenu à participer au vernissage. Un très beau cadeau d’anniversaire pour le M.U.R.

Vidéo et montage par Nico Poussain, Musique de Xunorus

C’est Pendant la réalisation de cet incroyable renard endormi, peint sur les 35M2 du mur avec seulement 350Ml de peinture que nous avons pu rencontrer Ruben, il partage avec nous sa philosophie artistique

Une expression artistique plurielle:

Ruben a commencé à peindre comme tous les enfants, sauf qu’il ne s’est jamais arrêté. Il a très vite eu le sentiment d’avoir trouvé sa voie et il s’est lancé.

« J’avais l’idée de faire de la peinture, de m’exprimer artistiquement. Aujourd’hui je réalise cela sur plusieurs surfaces et supports : murs, toiles, sculptures, et même art digital. »

Originaire du Mexique, Pays du muralisme, cela ne le définit pas mais il y a pour Ruben une influence inconsciente : « C’est comme pour Bordeaux avec le vin, on n’est pas nécessairement conscient de ça mais il y a certainement une influence. Car c’est finalement quand tu sors du pays, de son ancrage, de ce qui peut le définir dans ses particularités que tu deviens plus conscient de celles-ci » .  

Ruben et le renard
Photo @Tezia

Rappelons que le muralisme est un courant artistique né à la suite de la révolution mexicaine de 1910. Pour les artistes les murs sont l’objet de toutes les attentions artistiques car ils sont à tout le monde et peuvent s’adresser à la compréhension de tous, même ceux qui n’ont pas la chance de savoir lire. Selon Ruben, le muralisme était très exigeant par le passé. Avant de dire « je suis un muraliste » il devait y avoir beaucoup de technique et de connaissance « chimique » : la surface, la préparation du mur etc… c’est quelque chose qui à beaucoup évolué aujourd’hui.

« Je me suis dirigé vers des études en Art Plastique au Mexique. Mais je n’ai pas fait les 5 ans d’études que voulait le « cursus ». J’ai pris ce que je voulais prendre et j’ai voulu construire le reste par moi-même. J’ai cependant trouvé intéressant de rencontrer des Maîtres qui me parlaient de concepts »

Entre concept et philosophie

Aujourd’hui Ruben Carrasco passe beaucoup de temps en studio. « Si je sors faire un mur c’est pour quelque chose de très spécifique. Je ne suis pas quelqu’un qui va spontanément descendre peindre ; Pas parce que je ne veux pas mais parce que je n’ai pas forcement le temps ou l’opportunité de faire cela »

Cependant d’ici l’an prochain il a pour projet d’insérer ses œuvres dans des lieux pas accessibles à tous, des lieux underground, (voire interdits au public) des lieux que tu dois chercher. Le but étant de ne pas imposer une idée dans le lieu public. Lieu public auquel il est attentif . 

Photo @Tezia


« Ici on est près d’une école et je veux que le message touche aussi les enfants. J’aime peindre dans l’idée philosophique. On est sur cette planète et ici nous sommes l’artifice de la nature, et même si on ne fait rien on affecte toujours la nature. Je veux faire le minimum d’impact. J’essaye donc de faire attention aux produits et utiliser le minimum »

Donc pas de bombe et très peu de couleurs sont utilisées.

Une technique privilégiée

Il s’agit d’une technique de peinture, le Drybrush, aussi appelée « technique du pinceau sec ». Les artistes qui utilisent cette technique vont généralement la réaliser plutôt en « étape dans un processus de réalisation ». Ils vont ensuite utiliser différentes couches de peintures et épaisseurs, différents pinceaux pour une réalisation formelle « académique ». C’est donc pour eux une utilisation partielle dans un processus.

Ruben Carrasco l’utilise complètement. Il la décrit comme une technique utile et facile.  Pour ce MUR de 35m2 il aura utilisé 350 ml de peinture et trois pinceaux. En revanche c’est un procédé avec lequel il n’a pas droit à l’erreur : il est très compliqué, voire impossible de repasser une fois le mouvement effectué.

L’exposition Neoshamans : un regard sur l’interaction de l’homme avec la planète.

Ruben Carrasco à grandit entre la campagne et la ville, il a été sensibilisé très jeune à la chasse et à l’agriculture. « Par ces activités, j’ai eu une interaction directe avec la nature, je suis sensible au regard qu’on peut avoir sur celle-ci et également à la beauté des animaux. La « beauté » c’est le regard humain, mais pour l’animal elle fait partie de sa biologie, car elle influence la survie de certaines espèces. Et c’est intéressant cette idée d’un esthétisme pas nécessairement au service du fait de plaire. »

Hunters Ritual
Hunters Ritual
Visible au Magnetic Artlab
Photo @tezia

L’exposition Neoshamans qui est visible jusqu’au 12 octobre prochain à la galerie Pole Magnetic Artlab se structure autour de deux façons d’interagir avec la planète : l’aspect scientifique et aspect chamanique. Une partie pragmatique et une autre métaphysique qui se joue autour de « l’humain », qui reste soit un « super scientifique soit un super chaman ».

« J’essaie donc de montrer comment on peut tomber sur la dévalorisation de certains points de la nature car notre regard reste humain. Scientifique ou chaman il reste emprunt de nos normes et de notre statut social.On pense avoir le « Pouvoir » par la connaissance, Mais que connaît on vraiment ? Aussi on croit que par la connaissance on avance, mais est ce qu’on avance vraiment ? »

Ainsi, il compose avec la nature, l’interaction spirituelle, la contemplation, l’empathie avec cette nature qu’on ne connaît pas vraiment, dans un contexte futuriste.

Last Forest Dreamer : un renard qui dort ?

« Je trouvais que cette position donnait une forme de paix. Il y a une certaine beauté dans un corps mort ou endormi car il prend une place différente, sans tension. J’ai trouvé l’Inspiration dans le fait que chacun va se questionner différemment selon son inspiration : il dort ou il est mort selon l’interprétation de chacun, bien que mort il ne serait pas dans cette position, sauf si il était inconscient. Alors l’interprétation est vraiment libre. »

Photo @NicoPoussain

Il y a deux messages que Ruben Carrasco sous-tend avec Last Forest Dreamer : d’un côté la beauté du renard et de l’autre les arbres coupés qui signifient la déforestation. Une idée esthétique pour attirer l’attention, puis un second regard où quelques personnes vont se poser des questions parfois dérangeantes avec cette idée de mort possible.

On vous laisse donc faire votre propre interprétation en vous rendant au MUR!

Informations utiles:

Photo @NicoPoussain
Urban Art Remercie Ruben, Alla, Pierre et Claudio
Rédaction : @Tézia.Bordeaux