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Artasia, la rencontre entre un centre culturel et des artistes urbains

Parmi les premiers à aider l’art urbain à entrer dans les centres institutionnels : Artasia. Ce centre culturel est né en 2015 sous l’impulsion de son fondateur Adao Chen. Possédant une galerie d’art contemporain, principalement de photographie, dans le Marais, Adao Chen désirait rapprocher les artistes chinois et européens. Avec l’exposition « Erase and Resart », Artasia présente six artistes d’art urbain et leur vision de notre société où tout est éphémère. Romain Froquet et Alexandre d’Alessio ouvrent le bal de cet événement divisé en trois parties.

Romain Froquet et Alexandre d’Alessio, pouvez-vous nous raconter la naissance d’« Erase and Restart » ?

Romain : Estelle Domergue, ma compagne, a écrit un texte qui a pour axe de réflexion notre façon de consommer la vie et vivre en société. Il s’avère que nous souhaitions monter ce projet en Chine avec Ruofan Shen, un architecte chinois, avec qui j’ai eu plusieurs fois l’occasion de collaborer. Finalement, Adao Chen a accepté de nous accueillir dans ce centre culturel, Artasia.

Alexandre : De mon côté, je connais Romain depuis 10 ans grâce à notre travail au 9e Concept. Nous avions envie de créer une association en Chine alors quand il m’a parlé d’Erase and Restart, j’ai tout de suite accepté.

De leur amitié, de leur complicité dans le travail, est né ce projet. © Marie-Ange Baudin

 

Dès l’entrée, le visiteur passe sous une installation faite de métaux comme des branches qui se croisent. Il s’agit d’une pièce réalisée avec Ruofan Shen. Romain, tu surprends ainsi ton public qui est plus habitué à tes peintures, et tu continues avec tes installations en volume. D’où vient ton inspiration pour ces nouvelles œuvres ?

Cette sculpture et les œuvres en 3D présentes dans la salle du rez-de-chaussée font partie de mon projet « Highway » qui signifie « autoroute », en anglais. Lors d’un voyage à Houston, il y a 3/4 ans de cela, j’ai été frappé et attiré par les échangeurs d’autoroutes. Ils symbolisent les carrefours que nous rencontrons dans notre vie, ces moments où nous devons choisir une voie.

Tu choisis donc la voie du danger en choisissant de passer au volume ?

En quelque sorte. Cependant, le public pourra y retrouver la dynamique que je donne aux lignes de mes peintures. Les quatre immenses panneaux représentent les échangeurs des autoroutes de Paris, de Houston (USA), de Pékin (Chine) et de Dakar (Sénégal). J’ai utilisé Google maps pour extraire les vues aériennes de ces lieux. J’ai aimé jouer avec les matériaux et avoir un contact nouveau avec le support. Et surtout j’ai voyagé sans bouger ! (Sourire)

Les échangeurs d’autoroute font face aux quais parisiens. © Marie-Ange Baudin

Un étage plus bas et nous rentrons dans le terrier d’Alexandre d’Alessio. Comme nichée sous terre, entre les racines d’un arbre, cette installation représente les marques du temps sur le bois. Alexandre, peux-tu nous parler plus de ta réalisation ?

En effet, le bois garde en mémoire le temps qui passe avec les veines qui se dessinent d’année en année sur lui. Une couche du temps se pose sur une autre pour ne former plus qu’un seul être. Comme cet arbre et ses racines, l’homme évolue et grandit avec les marques que laisse le temps sur lui. Ici, les racines nous enveloppent et finalement nous rappellent notre infériorité face à la nature.

Des visages se dessinent dans ces racines, que représentent-ils ?

Tout d’abord j’ai installé cinq totems de bois. Grâce à l’éclairage et notre angle de vue, nous pouvons les distinguer. J’ai coupé finement des tranches dans le bois pour les faire apparaître et j’ai pigmenté certaines veines pour qu’ils ressortent plus. Ils sont comme une empreinte dans le bois. Et enfin j’ai peint des corps qui semblent figés dans le bois, dans le temps qui passe. Certains cherchent à s’échapper de leur condition tandis que d’autres semblent apaisés. Chacun sera libre de se poser ses questions sur notre condition, sommes-nous enchaîné ou non au temps qui passe ?

Jeu de lumière, jeu de matière, image de l’homme enraciné dans le bois. © Marie-Ange Baudin

Afin de répondre à la question d’Alexandre, le mieux est de se rendre à l’exposition.