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Ricardo Cavolo au LaBel Valette Fest : « Sourire à l’avenir, sans oublier le passé »

ricardo_cavolo_label_valette_2019

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Ricardo Cavolo, street-artiste, grand muraliste, a réalisé une œuvre monumentale qui sera l’une des sensations du LaBel Valette Festival #2 (30 et 31 août 2019, à Pressigny-les-Pins (Loiret)).

Il nous offre une fresque poignante et engagée. Rémi de Urban Art Paris est allé à la rencontre avec cet artiste né à Salamanque (Espagne) en 1982, marqué par la guerre civile en Espagne (1936 – 1939) et le régime politique dictatorial de Franco. Un artiste charmé par le projet LaBel Valette. 

Rémi – Quel a été ta première impression quand tu es arrivé au domaine de La Valette ? 

Ricardo Cavolo – Le paradis ! C’est magnifique. J’aime la campagne et les forêts. Je crois que les forêts sont mes endroits favoris dans le monde. Je connaissais le domaine parce que j’avais vu des photos sur les réseaux sociaux. J’avais vu le château, évidemment. 
J’ai aussi été frappé par la singularité de ce domaine, parce qu’il y a un côté très classique avec le château. Mais quand tu tournes la tête et que tu regardes le bâtiment que j’ai peint, il y a un look plus soviétique, communiste presque. C’est fou. Et j’aime beaucoup ce contraste. 

Intervention de la première couche de blanc – Crédit photo : Fabe Collage

Tu connaissais l’histoire du domaine avant de venir ? 

Ricardo Cavolo – Oui, l’équipe de bénévoles m’en avait parlé. J’ai appris l’histoire du château, de la chapelle, des écuries. Et aussi l’histoire des dortoirs, quand ils ont été construits. Je sais que les républicains espagnols sont venus ici, et que le régime de Franco a ensuite récupéré le domaine pour en faire un collège. Et que les dortoirs ont été construits dans les années 70. C’est une histoire très riche. 

Est-ce que c’est cette histoire qui t’a donné envie de participer à l’aventure LaBel Valette #2 ? 

Ricardo Cavolo – Oui, évidemment. Il y a tellement de choses qui se sont passées ici. C’est très inspirant. 
Je viens d’une famille très engagée à gauche politiquement. On est donc à l’opposé de ce que représente Franco, de la manière dont il a dirigé le pays. On a vraiment haï tout ça. Mon père a vraiment souffert de la guerre civile en Espagne. 
Donc je voulais en parler. Et je voulais faire quelque chose de positif mais en même temps de ne pas oublier ce qu’il s’est passé. Parce qu’on apprend de l’Histoire. 

Le travail des bénévoles en amont pour préparer le mur de Ricardo Cavolo
Crédit photo : Fabe Collage

Donc mon idée pour le domaine, c’était « Avançons vers l’avenir, mais n’oublions pas ce qu’il s’est passé ». C’est pourquoi j’ai peint cette fille. Elle sourit et regarde vers l’avenir, de façon optimiste. Mais elle a aussi les larmes aux yeux. C’est à cause de la tristesse de la guerre civile. C’est pour ne pas oublier. Elle est triste de ce qu’il s’est passé mais elle veut se servir du passé pour regarder l’avenir de manière positive. 

Tu as peint une jeune fille aussi à cause de l’histoire du lieu, le fait que ça a été un collège ? 

Ricardo Cavolo – Bien sûr, je voulais faire quelque chose qui représente un enfant, parce que c’était une école, un collège. Mais aussi parce que c’est ma manière de parler du futur. Les enfants c’est l’avenir. 
Nous, les adultes, on peut créer quelque chose pour le futur, mais ce sont eux qui vont le vivre. 
Je sens aussi que c’est le moment de mettre en avant les filles, les femmes. Parce que les places importantes ont toujours été réservées aux hommes. Donc depuis 2 ou 3 ans, j’essaye toujours de montrer des femmes puissantes, prêtes à changer le monde. 

Avançons vers l’avenir, mais n’oublions pas ce qu’il s’est passé
Crédit photo : Fabe Collage

Que penses-tu du paradoxe de ce projet, LaBel Valette #2 : nous sommes en pleine campagne et c’est un festival de street art, un art qui vient de la ville… 

Ricardo Cavolo – J’adore ça. Les deux milieux sont très différent : quand tu peins en ville, tu sais que des centaines de personnes vont passer devant ton oeuvre tous les jours, en allant au boulot ou en rentrant à la maison. Et ça va devenir une habitude pour eux de voir cette oeuvre. 
Mais ici, c’est un peu plus comme un musée. Tu dois venir ici, à Pressigny les Pins, pour voir la fresque. C’est la même technique pour peindre mais le feeling est différent, la manière d’apprécier l’oeuvre est différente. C’est spécial. 
Je ne peux pas dire ce que je préfère. La ville où tu offres quelque chose aux passants ou ici, à la campagne. Ici, c’est une sorte de rituel pour venir apprécier les oeuvres. 

Du street art à la campagne, c’est un signe de la démocratisation du mouvement ? 

Ricardo Cavolo – Les choses sont en train de bouger, c’est sûr. Doucement, plus doucement que je le voudrais, mais je crois que ça avance. 
J’ai peint aux Etats-Unis, au Canada, en Grande Bretagne. Le street art y est déjà bien en place. Il y a de plus en plus de gens qui ont compris que c’était de l’art, et pas du vandalisme. Mais il faut que ça aille plus loin. 
En Espagne, on a encore besoin de temps pour développer notre propre façon de faire. Le problème en Espagne, je pense, c’est que parfois, la société en général (le gouvernement, les entreprises, les gens) ne comprend pas que parfois, l’art coûte de l’argent. 
Je n’ai pas envie de dire que l’art c’est du business, mais c’est aussi du business. Je ne suis pas artiste pour l’argent. Mais je gagne mon argent avec mon art. On a besoin d’avoir un mode de pensée positif du côté commercial de l’art. Ça fait partie du travail de l’artiste. 
Aujourd’hui, là où on fait le plus d’argent, ce n’est pas en vendant des oeuvres, c’est en faisant des projets avec des marques, des entreprises, en peignant dans une mairie… 
Des penseurs communistes disaient que les artistes devraient être payés par le gouvernement. Je ne suis pas totalement d’accord avec ça, mais on pourrait s’en rapprocher. 

Que penses-tu de ce dortoir ? Il est facile à peindre ? 

Ricardo Cavolo – C’est mon premier vrai mur en France. Evidemment, quand j’ai vu la photo de la façade, la première fois, j’ai compris que c’était rempli de fenêtre et qu’il y avait plein de « trous » dans le mur. 
J’ai du faire un choix. Peindre plein de petits détails, ou alors peindre quelque chose d’énorme, que le visiteur puisse comprendre tout de suite, même avec ces trous dans le mur. 
Il y a quelques années, j’aurais peut être choisi la première option : créer un univers avec des détails, des visages… Mais maintenant, je préfère être simple et puissant. 
Avant, j’avais envie que le visiteur se dise « Wow ! », à cause de tous les détails, d’un univers très complexe. Mais maintenant, je veux que les gens disent « Wow ! », à cause de la puissance, de la grandeur de l’oeuvre. Et que le message soit clair. 

Ricardo Cavolo signant son premier mur en France
Crédit photo : Fabe Collage

C’est pas trop dur de se dire que l’an prochain, ton oeuvre va être repassée en blanc et qu’un autre artiste prendra ta place ? 

Ricardo Cavolo – Non, je suis d’accord avec ça. J’ai fait ça avant, dans d’autres festivals. Et puis depuis le début, je donne la même énergie et le même amour dans ce projet, parce que, comme je le disais tout à l’heure, c’est comme un rituel. Quand on peint dans un endroit comme ça, il y a un côté magique. Tu gardes l’oeuvre dans ton coeur et dans ton âme. Donc je suis en paix avec ça. 

Ton endroit préféré au domaine ?

Ricardo Cavolo – J’adore la forêt. Donc tous les jours, je vais me balader dans les bois, avec mon fils. On se perd dans la forêt. Le meilleur moment, c’est quand je me retourne et que je vois les oeuvres, de loin. Ça peut être le château, un bout d’un dortoir. Les couleurs explosent dans la forêt, c’est vraiment très beau. 

Et que penses-tu du château ? 

Ricardo Cavolo – Pfffff… Je crois que je suis 3ttman depuis 10 ans. Je suis un gros fan de son travail, c’est un génie ! Dans un sens, il est une source d’inspiration pour moi, dans le choix de ses couleurs, la manière dont il développe ses idées. J’étais vraiment heureux qu’il soit choisi pour le château. Il y a un univers très « fantasy », et j’adore ça. Le château est parfait. 

Un mot de la peinture et de notre partenaire, Unikalo ? 

Ricardo Cavolo -Superbe ! J’ai utilisé des couleurs claires et lumineuses. Et je suis content parce que les couleurs au final sont identiques à ce que j’avais en tête. Claires, puissantes : parfait ! 

L’équipe ici, les bénévoles ? 

Ricardo Cavolo -Depuis le début, ils sont adorables. Spécialement pour moi qui suis venu avec ma femme et mon fils. Ils prennent soin de nous comme un roi, une reine et un prince. C’est presque trop ! 

Ricardo Cavolo – Label Valette 2019

C’est quoi ton prochain projet ? 

Ricardo Cavolo -Je vais à Bordeaux, pour faire un mur, à la fin du mois de juillet. Ça sera donc mon deuxième mur en France. Et puis ensuite je vais à Moscou, peindre une école. 

Pour en savoir plus sur Ricardo Cavolo

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Evénement de l’édition 2 du LaBel Valette Festival 
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