Rencontre avec le crew RGA en Turquie #3

Le crew RGA, composé de trois femmes (Rikid, Owl et Hemon), vient de l’Ouest de la Turquie, de la ville d’Izmir. Urban Art Paris poursuit ses interviews de femmes graffeuses à travers le monde et est allé à leur rencontre.


Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Nous peignons dans la même ville, c’est comme ça que notre amitié a débuté. Et nous avons décidé de former ce crew pour l’harmonie entre nous. Owl dessine des personnages, Hemon travaille la calligraphie et Rikid exerce en vandale.

Depuis quand existe-t-il ? Peignez-vous souvent ensemble ?

Officieusement, depuis longtemps, mais le crew actif existe depuis 3 ans.
Nous peignons ensemble lorsque nous pouvons, ça dépend de nos emplois du temps respectifs. Mais lorsque nous ne pouvons pas nous retrouver cela ne nous empêche pas d’être actives.

Pourquoi avoir choisi RGA ? Quelle est la signification ?

RGA est un acronyme pour Riot Grrrl Attack. Nos graffitis n’y font pas référence au premier abord, mais ça nous correspond bien dans un sens. Nous sommes influencées par le mouvement des années 90 Riot Grrrl Movement.

Qu’est-ce que ce mouvement ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Riot Grrrl Movement c’est un mouvement des années 90 et 2000. Ce sont des femmes et des hommes qui font face à la domination masculine dans l’Art. Bien que les années d’activisme soient passées, il y a encore beaucoup de monde qui utilise ce nom et qui produise en son nom.

Pensez-vous qu’il soit important pour une femme de se révolter, de ne pas se laisser faire et de demander des lois justes ?

Nous pensons que chaque personne devrait se battre et manifester pour sa liberté, comme nous le faisons.

Quelle est la condition de la femme dans votre ville, et plus généralement en Turquie ?

Les guerres dans les pays frontaliers, les crises économiques et la pression du gouvernement engendrent le chaos dans la société. Naturellement chacun souffre dans cet environnement, mais récemment des événements en faveur de la liberté de la femme progressent. Cette situation nous affecte aussi. Bien que la montée de la violence, les agressions et les meurtres de femmes nous mettent toutes en colère, nous avons conscience que nous devons être soudées ensemble contre cette négativité. Nous suivons de près les injustices contre les plus vulnérables que ce soit dans notre pays ou ailleurs dans le monde, et nous espérons un meilleur monde dans lequel chacun pourra vivre libre.

Pouvez-vous nous expliquer vos raisons de faire partie d’un crew ?

En dehors de nos emplois personnels, nous sommes devenues plus fortes et plus actives ensemble. Parce que nous avons des styles différents, nous sommes capables de proposer des choses diverses.

Comment les gens perçoivent-ils votre crew ?

En général les gens nous connaissent par nos noms parce que nous sommes assez actives dans notre ville. La plupart du temps nous peignons la nuit et même jusqu’au petit matin. Les gens ici pensaient que nous étions des hommes et manifestaient leur ressentiment.

Qu’est-ce que ça fait d’être une femme dans un environnement plutôt masculin ?

Malheureusement nous entendons cette question trop souvent dans la bouche de trop de monde. Nous ne pensons pas que se soit un environnement réservé à l’un ou l’autre. Nous sommes tous dedans, c’est tout.

Pouvez-vous nous expliquer quelle est la place du writing dans votre ville ?

Istanbul est la ville la plus active pour le graffiti en Turquie. Notre ville Izmir est la seconde. Même s’il n’y a pas une grosse communauté active, il y a des artistes talentueux.

Que recherchez-vous lorsque vous créez des lettres ?

Cela change que ça soit légal ou non. Même si nous avons préalablement fait une esquisse, nous devons changer et adapter les lettres à la matière (quand c’est illégal). Si nous peignons légalement ou sur un mur prédéterminé, on fait attention à l’adaptabilité des lettres, le flow, comment nous allons utiliser les couleurs et si cela attire le regard.

Quelles sont vos inspirations ?

Nous nous inspirons de nos propres vies. Et bien sûr l’envie de mettre de la couleur.

Avez-vous des projets ?

Au sein du crew nous n’avons pas de projets autre que de continuer à peindre partout. Individuellement, nous avons différents projets, comme publier des livres sur le graffiti, des fanzines, ouvrir nos propres galeries. La chose la plus importante c’est l’extérieur. Nous ne souhaitons pas rester uniquement dans notre ville et notre pays. Nous voulons voyager et peindre le monde entier.