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Rencontre avec Côme de Drouas : le galeriste français qui met à l’honneur l’art urbain belge

Photo : Anthony Marco 

Si le rap belge a envahi depuis plusieurs années les ondes radiophoniques françaises et que les noms de Damso, Hamza, JeanJass, Caballero ou encore Roméo Elvis nous sont désormais familiers, il n’en va pas de même pour les artistes visuels de la culture urbaine belge.

Force est de constater qu’il existe, entre la capitale française et la capitale belge, une disparité de représentation des artistes nationaux au sein du marché de l’art urbain. Malgré les nombreux talents que compte la scène artistique urbaine belge – citons seulement Bonom, Obêtre, Iota, Oli-B, Eyes-B, Spear, Piet Rodriguez, Denis Meyers, le collectif Farm Prod, etc. -, ainsi que la richesse et la diversité de leurs pratiques, ceux-ci sont peu présents dans le marché de l’art urbain, qu’il soit national ou international. En effet, la majorité des œuvres vendues au sein des grandes maisons de vente aux enchères comme Artcurial et Sotheby’s sont principalement le fruit du travail d’artistes français et américains. Pour la Belgique, seul l’artiste ROA semble faire exception à la règle. Le choix de se porter en priorité sur des artistes internationaux se manifeste aussi dans les galeries spécialisées implantées à Bruxelles telles que la galerie Martine Ehmer, la Mazel Galerie et dans une moindre mesure Alice Gallery. Par conséquent, la promotion de l’art urbain belge est organisée par les passionnés et les artistes du mouvement, grâce à la création de contenus multimédias et d’évènements alternatifs comme les expositions annuelles Vapors du collectif Propaganza Urban Artists.

Depuis l’ouverture d’un second espace à Paris en 2020, les Belges sont à l’honneur à la galerie ArtCan. Sur trente-deux artistes représentés, quatre d’entre eux sont actifs en Belgique : Nina Minnebo, Oli-B, Piet Rodriguez et Spyk.

Côme De Drouas, le directeur de l’aile parisienne, a accepté de répondre à nos questions afin d’en savoir plus sur son parcours et les motivations qui l’ont amenées à promouvoir les talents de la scène artistique urbaine belge.


Bonjour Côme, peux-tu commencer par nous parler de ton parcours ?

J’ai un parcours qui oscille entre université et école. J’ai commencé par une double licence en Histoire de l’Art et Espagnol. À la suite de ce cursus, je souhaitais me diriger vers la conservation du patrimoine, mais j’aime le contact avec l’autre et expliquer l’univers des artistes. J’ai découvert l’univers du marché de l’art, et me suis naturellement dirigé vers un master en Marché et Commerce International de l’Art, dispensé par l’ICART.

Comment es-tu venu à t’intéresser à l’art urbain ?

Durant ma formation à l’ICART j’ai eu l’opportunité de réaliser un premier stage chez Tajan. À cette période, le département d’Art Contemporain organisait la première vente d’Art Urbain depuis de nombreuses années. J’avais pour mission d’aller chercher des œuvres pour préparer cette vacation, mais ne connaissais absolument pas la spécialité. C’est lors d’un passage à l’atelier de l’artiste FKDL (Franck Duval) où je devais passer initialement 5 minutes qui se sont transformées en 2 heures, que je suis tombé en admiration pour ce domaine. Depuis, la passion ne m’a pas quittée !

Vue de l’exposition personnelle de Piet Rodriguez Equilibrium, Entre mythe et modernité, du 4 mars au 4 avril 2021 à Paris © ArtCan Gallery

Quels sont les premiers ouvrages que tu t’aies procurés sur le sujet ?

Je pense que le premier ouvrage était assez généraliste ; il s’agit de Atlas du Street Art et du graffiti (2014) de Rafael Schacter. Et de l’ouvrage plus spécialisé American Graffiti (2009) de Margo Thompson.

ArtCan Gallery, créée à Montpellier en 2016 par Diego Escobar, s’installe à Marseille en 2017 sous l’impulsion de Nicolas Maillefert. En 2020, c’est à Paris qu’est inauguré un second espace, que tu diriges. On peut se demander s’il existe une ligne directrice différente entre la galerie présente à Marseille et celle de Paris ?

La ligne directrice est la même : représenter et soutenir les artistes du Nord au Sud de la France. On offre aux artistes l’opportunité d’exposer au sein de deux galeries situées dans des hauts lieux du marché de l’art ou du moins en pleine expansion. Néanmoins, la programmation des deux galeries diffère. On ne retrouvera pas la même exposition à Paris et à Marseille. La direction artistique de ArtCan Gallery est intimement liée à l’art urbain, car nous avons, Diego et moi, une passion pour ce mouvement et aimons défendre ces artistes. La sélection s’affine au fil des années et nous tendons vers des pratiques d’atelier qui relèvent de l’art contemporain, c’est le cas des artistes Nina MINNEBO, Supakitch, Piet Rodriguez

Pour quelle(s) raison(s) penses-tu que les artistes urbains belges sont si peu représentés au sein du marché de l’art, notamment dans les galeries françaises et belges ?

Le marché de l’art en Belgique est, selon moi, plus consensuel, et les galeries prennent peut-être moins de risques que les galeries françaises. Les galeries d’art urbain françaises sont nombreuses en France, nous avons l’expérience et comprenons désormais bien le marché de l’art. La scène belge est encore jeune mais très prometteuse et bourrée de talents allant de l’abstraction (Oli-B) à la figuration (Piet Rodriguez). Il y a donc peut-être un sentiment de manque de confiance qui les pousse moins à aller vers des galeries belges, et c’est à nous, galeries françaises, de leur offrir des opportunités.

Vue de l’exposition personnelle (en ligne et en galerie) de Oli-B Bonjour Paris !, de mars à mai 2021 à Paris © ArtCan Gallery

Des figures de proue de l’art urbain et du graffiti aux talents émergents, ArtCan Gallery représente des artistes français et étrangers. La galerie a consacré plusieurs expositions personnelles à des artistes belges dont Piet Rodriguez et Oli-b à Paris et Spyk à Marseille. Comment êtes-vous venus à penser aux artistes belges ?

Nous savons que la scène belge est assez peu représentée en France et nous aimons la Belgique et les talents qui s’y trouvent. Nous fonctionnons avant tout au coup de cœur lorsque nous sélectionnons des artistes. Nous aimons leurs travaux et souhaitons les soutenir au maximum. C’est aussi pour cela que j’ai réalisé le livre ArtCan Gallery Stories, Part I, (avec Antoine Grinbaum ‘Biographe Story’). Je souhaitais offrir aux artistes la possibilité de se présenter le plus simplement possible et aux visiteurs d’entrer dans leurs atmosphères.

As-tu constaté une différence d’approche, de pratique ou de mentalité entre les artistes urbains français et belges ?

Les artistes urbains français ont peut-être plus l’habitude de travailler avec nous, donc ils sont plus à l’aise alors que les belges sont plus réservés, plus timides, dans le bon sens du terme. C’est un plaisir de les découvrir, de percer leur carapace et de mener le projet d’une exposition à son terme.

Peux-tu nous parler des futurs projets de la ArtCan Gallery en collaboration avec vos artistes belges ? Y a-t-il d’autres artistes que vous souhaitez représenter ?

En effet, je souhaite travailler avec d’autres artistes belges, quelques projets sont à venir mais je ne peux pas en parler pour le moment. Ce que je peux vous dire c’est que vous reverrez Piet Rodriguez à Paris en 2022 avec de nombreuses nouveautés !


ArtCan Gallery vient de déménager ! C’est au 7, passage Jean Nicot à Paris (7ème arrondissement) que nous pouvons désormais admirer les œuvres des artistes talentueux défendus par Côme et Diego.

Suivre ArtCan Gallery sur Instagram : @artcanparis

Propos recueillis le 3 juillet 2021