Erod, fine art graffiti

Il est en transit pour Madagascar. Un séjour de trois semaines. On l’envie. En attendant, il répond avec enthousiasme à l’invitation de Street Art Paris pour errer dans Paris et s’exprimer sur des murs.

Le résultat est impressionnant. Il s’appelle Erod, il a 38 ans et ses interventions dans la rue sont époustouflantes.

Pourquoi Erod ?

Comme j’érodais les trottoirs de ma ville avec mon skateboard à l’époque où je débutais le graffiti, le nom m’est resté. j’ai toujours dessiné. Pour le graffiti, on m’a proposé de créer un crew dans ma ville, ACC (Art Core Crew). Mon activité est partie de là. C’était en 1992.

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Il s’agissait de quelle ville ?

Vitry-sur-Seine. J’ai quitté cette ville à l’âge de dix-huit pour La Rochelle. J’y vis depuis et y exerce le métier de kinésithérapeute.

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Vitry ? Tu es de belle naissance en fait ?

(Sourires) C’est juste le fruit du hasard.

 

On peut avoir tes impressions par rapport à ce qui s’y passe ?

C’est vrai que Vitry a un engouement particulier pour le street art. C’est positif pour la ville. Je sais qu’il y a plusieurs courants graphiques là-bas : le graffiti, le pochoir, le collage. Plusieurs milieux qui se mélangent ou pas, qui s’apprécient ou pas. Les gens sont plus ou moins d’accord avec ce qui s’y déroule mais j’ai tout de même l’impression que cela se passe bien entre eux. L’essentiel est de vivre en bonne intelligence. La ville est grande. Il y a de la place pour tous les modes d’expression. Surtout lorsqu’ils sont de qualité.

 

Justement, quels sont les tiens ?

Je réalise essentiellement des murs à la bombe. Mais depuis peu, je me suis mis à faire des toiles où j’applique des techniques mixtes : posca, pinceaux, bombes et très récemment, l’aérographe.

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Ouh la, une technique un peu Vintage, non ?

Oui mais elle garantit une finesse d’exécution que je ne retrouve pas avec les autres techniques. Elle répond parfaitement à mes exigences graphiques et mes recherches en atelier.

 

Tu vis et pratiques ton art à La Rochelle, une ville qui est tout de même un peu éloignée de l’activité street art. Est-ce que tu ne ressens pas un peu d’isolement là-bas ?

Effectivement. J’œuvre sur ses murs depuis une bonne vingtaine d’année, et même si la présence d’un lieu situé en hyper-centre à proximité du port est totalement ouvert à tous, cette ville est assez peu active. M’en éloigner est salutaire. Ça me permet d’aller voir ailleurs ce qui se passe.

 

Tu peux nous décrire ton travail dans la rue ?

Je commence par repérer un mur qui m’intéresse. Quand je l’ai trouvé, je me lance dans un sujet en rapport avec le lieu ou bien je viens avec une idée. Je n’ai pas de techniques précises à part mes bombes. L’inconvénient à La Rochelle, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de murs autorisés. Mais je m’adapte.

 

Ton travail sur toile est-il différent de la rue ?

Oui, il l’est. Selon ce que je souhaite montrer, je peux appliquer les techniques mixtes que je viens d’évoquer, des scotchs, des caches volants avec l’aérographe. Mais j’essaie de conserver un aspect brut pour retrouver l’esprit street sur la toile.

 

Quels sont tes sujets de prédilection ?

J’ai d’abord fait beaucoup de lettrage que je délaisse depuis quelques années.  Actuellement, j’exécute pas mal de personnages que je mélange avec des 3D abstraites. Je suis dans une période où je m’essaie au graphisme réaliste. Comme je crains la routine, je me suis fixé une règle : ne jamais faire la même chose. Je n’arrive pas me contenter d’un seul style, d’une seule technique, d’un seul sujet parce qu’il y a encore beaucoup à faire et à rechercher en street art.

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Ce qui frappe dans ton travail, c’est la précision et l’hyper-réalisme avec lesquels tu réalises tes sujets.

En effet, j’essaie d’être précis dans l’exécution d’un dessin. J’essaie de prendre mon temps. Je porte un soin particulier aux ombres, aux lumières, aux dégradés, aux volumes de mes 3D et de mes personnages. J’aime aussi apporter une touche graphique à mes sujets en rajoutant des taches, des coulures…

Tu évoquais la crainte de la routine. Qu’entends-tu par là ?

Il y a tant à faire dans le graffiti. Comparé à d’autres mouvements artistiques qui se contentent de leur propre mode d’expression, le graffiti, lui, peut s’inspirer de tous. Ses champs d’exploration deviennent, pour le coup, infinis. On se trompe quand on pense que tout a déjà été fait dans le street art. Au contraire, tout reste à faire. Du coup, mon inspiration est stimulée en permanence.

Photos du site d'Erod

Photos du site d’Erod

Est-ce que tu fais la distinction entre le street art et le graffiti ?

À la base, le street art ne vient pas du hip hop, le graffiti, oui. Le pochoir et le collage ont été associés au graff via le terme street art. Personnellement, je ne vois pas de différence entre ces deux disciplines. Après, tout dépend du point de vue des gens. Pour moi, que l’on classe le graffiti dans la catégorie hip hop ou catégorie street art, cela reste du graffiti. C’est le moyen de se faire plaisir dans la rue. C’est un art qui vient de la rue, qui restera dans la rue, avec l’état d’esprit de la rue. C’est un don fait aux gens. Certains pensent que c’est quelque chose que l’on impose aux autres. Là encore, c’est une question de point de vue. En ce qui me concerne, le graffiti est un art qui me fait du bien, qui me fait plaisir quand je le pratique. C’est presque une thérapie pour moi. Le support sur toile vient en second.

 

As-tu des références parmi les nombreux artistes qui gravitent dans le milieu ?

Alex des 3HC, un crew de Vitry-sur-Seine. La très grande précision de son travail me parle beaucoup. Les 3D de Daim. Mais plus on avance, plus on est attiré par de nouveaux talents. Et puis les styles évoluent, progressent.

 

Pour finir, qu’est-ce qui te distingue des autres graffeurs ?

Pas grand-chose si ce n’est  l’association entre personnages et 3D.  Mais je n’ai rien inventé. C’est juste une façon différente de peindre.

 

Qu’est-ce qu’il reste finalement d’un graffiti ?

Du partage.

 

Retrouvez le travail de Erod sur son site internet : www.erod-prod.com

 

Propos recueillis par Jean-Philippe Trigla

Photos de Catherine Mancier

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