Pôle Magnetic, l’association qui met à l’honneur l’art urbain à Bordeaux

Passionnés à la fois par la photographie, et par l’art urbain, les membres de l’association « Pôle Magnetic » ont créé en 2013 le M.U.R de Bordeaux. À deux pas du centre-ville, ce mur de 35 m 2 accueille tous les mois des artistes d’horizons différents, qui se livrent pendant quelques jours à la réalisation d’une performance éphémère, rendue pérenne par la photographie. Par leurs proximités, les enfants de l’École publique Stendhal accompagnent l’association dans cette aventure artistique, à la dimension pédagogique.

Pierre H. Lecaroz, le président de l’association « Pôle Magnetic » a pris le temps de nous répondre, à l’occasion de la 35ème performance du M.U.R de Bordeaux, celle de Federico Sanchez, aka « Le Chien Vert ».

D’où est née l’association Pôle Magnetic ?

Avant de devenir président d’une association dédiée à la promotion de l’art urbain, j’ai commencé par prendre des photos d’interventions artistiques spontanées dans l’espace public, pendant mes vacances, du côté de Montpellier, de Sète. Il s’avère qu’à Sète, il y a un festival qui s’appelle le K-LIVE où il y avait de super interventions. Un jour, j’écoutais une personne présentée son concept sur Radio Nova pendant la grande tournée et cette personne racontait qu’elle avait créé une page communautaire sur les réseaux
sociaux, où l’idée était que tout le monde puisse partager ces photos. J’ai donc envoyé des photos que j’avais prises dans sa région, puis il les a publié. Suite à ça, l’idée a germé pendant deux mois de créer la même page à Bordeaux. J’ai donc créé la page Street Art Bordeaux en 2012. J’ai commencé à partager mes photos, puis j’ai eu envie de promouvoir les expositions dédiées à l’art urbain, de les couvrir médiatiquement. Au fil de mes rencontres, avec deux autres passionnées on a décidé d’officialiser cette vitrine virtuelle en créant une association pour pouvoir mener des actions concrètes sur le terrain. En 2013, on a donc créé l’association « Pôle Magnetic ».

CHU Bordeaux – 2013

 

Ce concept de M.U.R existe déjà à Paris depuis 2003. D’où est venu cette volonté de créer le M.U.R de Bordeaux ?

Les choses se sont enchaînées très vite. On a fait une soirée d’inauguration sur les terrasses de l’I.boat avec des performances lives, des DJ. Ça a été un gros succès. Après cette soirée, la fondation Keep A Breast, dont le but est de promouvoir le dépistage du cancer du sein chez les plus jeunes, nous a contacté. Ils voulaient utiliser le street art comme vecteur de communication, par le biais d’un artiste à la résonance internationale. Par mes réseaux, j’ai réussi à programmer Jef Aérosol, qui est venu peindre le mur qui orne l’entrée du CHU de Pellegrin depuis 2013. Puis, on a voulu faire d’autres projets. On a vu qu’il y avait plusieurs M.U.R qui fleurissaient en France, et la ville de Bordeaux n’était toujours pas représentée. Alors on a envoyé une candidature, on a reçu un cahier des charges avec des contraintes en terme de superficie, de localisation géographique, de visibilité du mur. Comme j’organisais des circuits street art dans Bordeaux pour faire découvrir l’art urbain, j’avais repéré plusieurs murs en faisant les balades. On a choisi ce mur, car vu qu’il s’agit de créations originales éphémères, l’idée, c’est de les pérenniser par la photo, la vidéo, il fallait donc suffisamment de recul et des angles de vu de la fresque en entier.

Vingt autres murs sont apparus en France depuis plusieurs années, dans cet objectif de promouvoir l’art urbain. Cependant, à Bordeaux, on retrouve une dimension pédagogique du fait de l’emplacement. Est-ce un désir de votre part ?

C’est un désir de la directrice avant tout, et ça m’a paru complètement pertinent. Lorsque j’ai parlé du projet à l’école, j’ai été très bien reçu par la directrice. J’ai eu l’accord, à la fois de l’école, et de la mairie. La seule condition, c’était que chaque artiste de la première année laisse une trace pérenne dans la cour de récréation. Et ça a continué les années d’après, comme là, Federico Sanchez vient de laisser une peinture dans la cour. Et pour les enfants c’est génial, c’est juste évident d’écrire sur les murs. Finalement c’est nous qui sommes hyper formatés.

Comment sélectionnes-tu les artistes ?

Il y a un peu de tout. L’idée, c’est de trouver ce subtil équilibre entre figures emblématiques, tissu artistique local et ne pas négliger le street art au féminin.

Ont-ils carte blanche ?

Oui, c’est carte blanche. En théorie, dans le contrat qu’on a avec les artistes, il y a une clause qui précise qu’on doit voir la maquette avant la réalisation de la performance. Je ne la regarde jamais, et je ne veux pas la voir. Je fais confiance aux artistes, et je pense que c’est la bonne solution, parce que d’une certaine manière, ce climat de confiance est propice à la créativité. En plus de ça, c’est le mur d’une école, j’ose espérer qu’ils ont suffisamment conscience que tout n’est pas permis. Un message militant frontal ce n’est pas possible non plus. Comme c’est un projet institutionnel, et c’est peut-être une des limites. On se prive de messages militants. Parce que l’art peut être engagé aussi. Après, dans la subtilité pourquoi pas…

Certains artistes refusent de travailler sur ces M.U.R car ils considèrent que le street art doit conserver cette dimension d’illégalité. Qu’en penses-tu ?

Il y a beaucoup de théories je trouve. Moi je ne peins pas, donc je n’ai pas de contraintes. Mais je ne pense pas que tout ça soit aussi manichéen. Je pense qu’on peut très bien aller prendre des risques les week-ends sur les trains de la gare SNCF, et d’un autre côté accepter de peindre le M.U.R. L’idée, c’est aussi de pouvoir partager, parler de son travail. Ce prétexte de street art sert de lien social, il m’a permis de faire connaissance avec les riverains, de créer une dynamique commune avec les commerçants du quartier. Ça sert à ça la culture à mon avis.

Quelle est ta vision du street art ?

J’essaye de trouver un équilibre entre programmation nationale et internationale parce que je trouve que justement la culture n’a pas de frontière. J’ai un lien particulier avec l’Amérique du Sud, j’ai fait venir des sud-américains, et ça a énormément plu, ça a ramené une touche exotique.

Le street art pour moi, ce n’est pas que de la décoration ornementale, il y a aussi un vecteur profond, des valeurs, à l’image de notre propre diversité.
Et je trouve que tout ça, c’est hyper positif.

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