Charles Foussard et ses “pépouzes” s’interrogent sur l’action de l’homme

Charles Foussard, artiste peintre originaire de Bordeaux, orne depuis plusieurs années les blockhaus de la côte atlantique de ses peintures colorées, où s’entremêlent rationnel et irrationnel.
Peintre, street artiste également membre du collectif Skinjackin, il aime le changement, le renouveau, que l’on retrouve à travers une diversité de techniques picturales.
Avec près de 20 ans d’expérience, le talent de ce jeune artiste ne s’essouffle pas. Au contraire, accompagné de ses « pépouzes », Charles Foussard invite le public à réfléchir, à trouver leur propre interprétation grâce à des oeuvres oniriques, empruntées au surréalisme.

Focus sur cet artiste à l’univers fantastique, à l’occasion de son exposition à l’Institut Culturel Bernard Magrez, à découvrir jusqu’au 21 Janvier 2018.

La majorité des street artistes ont fait le choix d’avoir un pseudonyme. Toi non, pourquoi ?

J’en ai eu par le passé mais aujourd’hui, je n’en ai pas vraiment besoin. Je peins dans beaucoup d’endroits, mais ce sont des endroits où il n’y a pas vraiment de risque ; je ne peins pas sur les trains, ni sur les voies ferrées. Ce ne sont pas des endroits qui m’intéressent particulièrement. J’aime peindre sur les blockhaus car je suis très lié à la mer. Ce que j’aime, c’est faire une belle pièce et avoir quelque chose qui reste. Et la seule chose qui me reste à chaque fois, c’est la photo. Avoir une belle photo, dans un beau décor je trouve ça extraordinaire. Ça s’éloigne un peu de l’idée de départ, du fait d’être lu en centre-ville, mais c’est ce qui me plaît.

Raconte nous un peu ton parcours artistique. Comment tout a commencé ?

J’ai commencé à peindre à la Réunion en 1999 quand j’avais 15-16 ans, dans une base vraiment graffiti classique, lettre et personnage. Je me suis détourné de ça un peu plus tard, en 2004.
Je me suis beaucoup formé tout seul, j’ai fait une année d’école d’art mais c’est tout. Je suis un autodidacte.

Tu as fini par être Lauréat Street-art du Grand Prix Bernard Magrez 2016. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Sur le concours il y a plusieurs catégories : peinture, sculpture, photographie et street art. J’ai présenté une photo que j’avais prise en 2015 à la Réunion d’un mur, avec une belle vue sur la mer. C’était un chenil abandonné, j’avais fait une grosse pièce là-dedans et quand j’ai entendu parler du concours j’ai proposé ça. J’aurais pu proposer une peinture ou un dessin mais c’est la catégorie street art qui m’intéressait. J’avais cette peinture qui collait bien au thème du concours qui était « La Sagesse », alors j’ai présenté ça et j’ai gagné. J’ai été très surpris de gagner, très content, ça a été un super moment.
J’ai aussi intégré l’Institut Culturel Bernard Magrez en résidence, deux fois. La seconde vient juste de se finir et Bernard Magrez m’a grandement aidé à pouvoir développer ma pratique, à me professionnaliser en me proposant un atelier et des lieux d’exposition.

Comment définis-tu ton style ?

Je peins sur bois, sur toile, je fais aussi du dessin sur papier.
Je suis un peintre compulsif. Je produis tous les jours et je n’aime pas la routine, donc j’ai besoin d’un renouvellement. J’adapte ma technique à ça : à des moments faire beaucoup de murs, quand l’occasion se présente, ensuite aller produire en atelier et jongler entre les deux. C’est très important pour moi, et les deux se nourrissent réellement.

Avec près de 20 ans d’expérience, d’où vient ton inspiration ?

Plus je produis, plus j’ai des idées qui me viennent. Le moment que je préfère, c’est quand je commence. C’est la feuille blanche, mettre les premières lignes, les bases. Je n’ai pas ce problème de feuille blanche, de la peur du vide.

Tu fais partie du collectif Skinjackin, créé en 2009. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

La base du collectif a pour objectif de faire des tatouages éphémères décalés. En fait, on enlève l’imagerie « tattoo classique » en jouant sur les mots et sur une image assez cartoon. On a commencé dans le cadre de soirées, et ça a dévié dans énormément de choses : on a fait des expos, des murs, des ateliers. Avec tous publics.
C’est une super équipe, pleine d’énergie. Il y a plusieurs grosses équipes, une à bordeaux, c’est l’équipe d’origine, puis une équipe à Paris et une à Montréal.


Quelle est ta vision du street art ?

Le terme street-art est compliqué ; c’est un grand fourre tout, ça va du collage au graff. Pour moi c’est la meilleure vitrine qui existe. C’est génial de pouvoir faire quelque chose dans la rue et que tout le monde le voit… C’est moins compliqué que de rentrer dans une galerie, de faire la démarche de passer une porte, de rentrer dans un espace clos. Là c’est un accès direct, les gens passent devant pour aller travailler : cet accès est absolument extraordinaire.

Dans tes graffs on retrouve souvent ce même personnage, une sorte de petite patate. Que représente t-il ?

Oui, ça s’appelle les « pépouzes ». Pour moi c’est l’action de l’homme. L’action, ou l’inaction parfois, ça dépend des moments. Mon message principal, c’est la relation entre le rationnelle et l’irrationnel, le tonal et le nagual. Faire une passerelle entre les deux pour trouver un équilibre qui m’est propre. J’aime garder cette zone floue pour que les gens réfléchissent et trouvent leur propre interprétation, leur propre chemin.
Le surréalisme est une de mes bases.

Que signifie ton hashtag #dessincoquin, présent sur plusieurs de tes posts Instagram ?

Dessin coquin parce que ma série actuelle depuis à peu près un an s’articule autour de scènes d’amour qui sont assez abstraites, mais qui sont quand même là.

Comment envisages-tu la suite ? Des projets ?

J’ai eu une année 2017 assez chargée, pleins de festivals, d’expositions. Pour 2018, je vais continuer comme ça. Là, je pars à la Réunion pendant un peu plus d’un mois : j’ai une exposition là-bas aussi, je vais faire quelques murs. J’ai pas mal de projets donc ça va continuer dans le même sens.

Retrouvez l’exposition de Charles Foussard, jusqu’au 21 janvier 2018.
Institut Culturel Bernard Magrez
16 rue de Tivoli, 33000 Bordeaux – 05 56 81 72 77
Pour plus d’informations : http://www.institut-bernard-magrez.com/charlesfoussard

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Sur Instragram : @charles_foussard