Horor, tracé intarissable #3

« Les fissures, les salissures, la matérialité même du support font partie intégrante de l’œuvre. » Horor

Dans un flot de poussière, les chevaux, aux allures fantasmagoriques, galopent sous l’ancienne écurie de la ferme Cavan, à Courdimanche. Comme entremêlées dans leur ruée, les créatures biomécaniques semblent tout droit sorties d’un songe. « C’est une fresque qui symbolise une étape importante dans ma technique artistique », évoque Thomas, alias Horor, membre du collectif cergypontain Art Osons. Les lignes noires et volatiles sur le mur en friche semblent sans fin, toujours en mouvement. La chevauchée, nommée « Charnière » et réalisée en collaboration avec Norione en 2014, est en symbiose avec le lieu historique.


« Charnière » – Ferme Cavan, septembre 2014 – © Horor

Au premier étage de la ferme Cavan, des dessins à l’encre noir jonchent les murs, des livres de sciences naturelles emplissent les étagères. Les cheveux ébouriffés, une tasse de thé à la main, Horor m’accueille dans son atelier. Dans ce petit écrin, bouillonne l’esprit ardent et créatif de l’artiste.


Atelier d’Horor – © LB

Premiers tags aux aurores

Des jours et des nuits passés à reproduire sa signature, avant de poser son blaze pour la première fois, à l’abri des regards, sur les murs abandonnés de Cormeilles-en-Parisis. « J’ai toujours aimé dessiner, relate Horor. Quand j’étais gosse, les graffitis qui ornaient les autoroutes me fascinaient : ‘mais comment ces gars-là s’y prennent-ils ?’ ». Comprendre l’histoire du graffiti, c’est bien ce qui anime le jeune Thomas dans ses années lycée. En boucle, tournait le documentaire « Writers » de Marc-Aurèle Vecchione (2004) retraçant 20 ans du mouvement graffiti parisien. Culte. « C’était des arrêts sur image à répétition pour m’imprégner des lettrages de Bando et des pionniers parisiens », se souvient-il, en souriant.

Mais là où Horor a tout appris, c’est sur le terrain. Fasciné par les graffeurs locaux plus âgés, le jeune homme fait ses premières armes avec ses amis, au sein d’une petite communauté passionnée. « Il n’y a pas d’école de graffiti. L’apprentissage était fondé sur le partage, on était à la fois autodidactes et élèves des plus expérimentés, poursuit Horor. Et puis, c’est un monde empreint de rituels, il faut acquérir les bases pour apprendre d’autres techniques et se forger une crédibilité », explique-t-il. Horor pénètre alors dans l’univers du graffiti, qui prend vie la nuit et s’éteint aux aurores, lorsque les premiers métros s’animent, remplis de travailleurs pressés…

Entre l’inertie et le mouvement

« J’ai mis un certain temps avant de mélanger le dessin et le graff ». Diplômé d’une licence en arts plastiques à la Sorbonne, Horor perfectionne sa pratique du dessin, étudie la philosophie de l’art, s’inspire de peintres d’époques différentes. Les artistes comme Dalí, Egon Schiele, Hans Bellmer, Moebius ou encore Hans Ruedi Giger influencent l’imaginaire graphique d’Horor. « J’étais fasciné par les traits à la fois doux et brutaux de ces artistes, évoque le jeune homme. L’univers onirique, organique, poétique et parfois surréaliste m’attirait… Devant les œuvres de Shiele, je ressens une vive émotion. » Une lueur brille dans ses yeux bleus.


“Self portrait” – Egon Schiele, 1910

Peu à peu, Horor assume de mêler l’univers du dessin et du graffiti. A la fac, il découvre la bombe à basse pression Montana, qui diffuse un trait ultra-fin. « Ça m’a véritablement ouvert des possibilités dans ma recherche de la ligne idéale », s’enthousiasme-t-il. Entre la force et la légèreté des traits, entre la ligne courbe et la ligne brisée, Horor navigue dans un entre deux. Cherche-t-il l’équilibre dans une forme de tension ? « Cette dualité exprime une quête perpétuelle du mouvement et de l’expressivité. Mon trait n’est, en quelque sorte, jamais terminé… », évoque-t-il. Horor aime graffer dans des lieux abandonnés. Sur le support chargé d’histoire, l’œuvre prend alors tout son sens.

« Je refuse l’image lisseIl s’agit pour moi d’insuffler de la vie dans l’inertie des corps, de montrer la beauté de l’éphémère. »

Des ossatures mécaniques, des textures minérales composent son bestiaire. Lors de sa première exposition personnelle « Reliquae » au Cabinet d’Amateur à Paris du 18 au 28 octobre, Horor nous plonge dans l’anatomie animale de ses créatures fantasmées. Inspiré des illustrations d’encyclopédie, Horor souhaite ancrer le corps des animaux dans l’Histoire, comme pour pallier leur disparition progressive.

Une passion partagée avec Art Osons

Faire de l’art un vecteur d’ouverture. Telle est l’ambition de Horor au sein de l’association Art Osons. C’est en 2012 que l’artiste rencontre Nexer et d’autres membres du collectif. Ensemble, ils organisent des ateliers graffitis dans des maisons d’arrêt ou encore des prisons pour mineurs du Val-d’Oise.

« A travers l’art, on donne aux jeunes les armes pour s’exprimer. C’est comme si on plantait des graines : chacun développe un potentiel pour construire son identité, son imaginaire », évoque Horor, les yeux plein d’espoir.

Ces années de travail en collectif ont permis à Horor de se professionnaliser et d’entreprendre ses propres projets culturels. Prochaine étape pour Horor : un voyage en Tunisie, à la découverte de lieux abandonnés.


Peinture du mois Art Osons – Ham, avril 2017