Rencontre avec Nina TDS

Nina TDS est une artiste italienne, issue de la scène graffiti à Rome. Elle a débuté la peinture en 2000, et se consacre principalement au lettrage. Rencontre avec Nina, au style incisif.


Comment as-tu débuté la peinture?

Avec mes amis du quartier, dans la rue puis à l’époque du lycée sur les rails et les murs.

Pourquoi avoir choisi « Nina »?

Ça vient d’une passion pour les dessins animés et les comics. Nina c’est un personnage de Hiroshi Sassagawa datant de 1976. Mon tag était d’abord mon prénom, puis j’ai réalisé que ça n’était pas une bonne idée puisque là où je vis tout le monde se connaît. Mon prénom n’est pas commun donc j’ai opté pour Nina.

© Nina TDS

Dessinais-tu avant ?

Depuis mes 7/8 ans je dessine oui. Des techniques acryliques en passant par l’aquarelle, j’ai expérimenté un petit peu de tout. Je dessine des portraits, des animaux et des gens. Aujourd’hui mon sujet favori c’est les femmes que j’adjoins toujours à un lettrage, parce que c’est plus stimulant.

Qu’as-tu étudié ?

J’ai fait des études classiques, puis à l’université j’ai intégré pour une courte période la Fac de cinéma.
Ensuite, j’ai étudié la photographie par correspondance, depuis 2005 je fais des shootings et des reportages.

Pourquoi avoir choisi le writing ?

Je n’ai pas choisi vraiment, ça a été comme un coup de foudre. Une bouée de sauvetage pour me sortir du quotidien dans lequel j’étais, un peu difficile. J’ai commencé à peindre à la période de l’adolescence, durant laquelle on est en rébellion, fâché avec nos conflits intérieurs. Le graffiti m’a permis de m’en sortir, un antidouleur pour aller bien. J’ai pu découvrir toute la beauté de la vie nocturne et le silence de ma ville qu’on ne voit pas la journée. Je me sens en paix quand je peins, je me sens moi-même.

© Nina TDS

Tu as commencé par dessiner des lettres ou des personnages ?

J’ai débuté par les lettres dans un premier temps, comprendre leur beauté, comprendre comment les dessiner comme j’aime.
Les personnages sont venus après en 2008, je les insérais dans mes croquis. J’ai toujours voulu combiner les deux, ça complète le croquis, j’aime bien.

Qu’est-ce que tu recherches quand tu peins ?

Ma recherche est basée sur les moments et les instants, dictée par l’instinct et l’inconscient.
À la base il y a toujours la recherche de l’évolution. Développer mes compétences techniques. L’important pour moi c’est de toujours faire un croquis différent du dernier en date. En ce moment, j’étudie une technique de lettrage plus complexe et je me concentre uniquement dessus.

Y a t-il beaucoup de filles qui peignent à Rome ? En Italie ?

Oui comparé à quand j’ai commencé, il y en a plus. C’est agréable de voir une nouvelle génération avec plus de femmes. Bien qu’elles se concentrent sur du figuratif plus que sur du lettrage.

C’est un univers très masculin, selon toi ? Quelles sont les personnes qui t’ont accueillie chez les writers ?

L’environnement du graffiti est à 80% masculin et il y a une forte domination des hommes. Par expérience, je peux aussi dire que j’ai vu des femmes être pire que les hommes. Au début je n’ai pas eu une expérience sympathique dans mon quartier, j’étais souvent dénigrée, mise de côté par des « graffiti writers ». Ils ont cessé après quelques temps, mais cela ne m’a pas empêché de peindre. Ça m’a incité à produire plus et de meilleure qualité. Aujourd’hui, j’ai noué des bonnes relations. Disons que j’ai beaucoup transpiré pour avoir de la crédibilité dans ce milieu. La clé c’est comment tu donnes le meilleur de toi-même en fonction de l’environnement.

Pourquoi penses-tu qu’il y ait plus d’hommes que de femmes ?

Il y a plusieurs raisons. Beaucoup de femmes ne souhaitent pas faire face à un monde d’hommes, elles trouvent cela fatigant. Comme j’ai dit plus haut, les femmes préfèrent s’émanciper dans le monde du figuratif, quand elles comprennent que le graffiti est une jungle sauvage.

Les Italiens sont réputés pour être « machos », selon toi dans les pays du Nord ça pourrait être différent ?

Beaucoup de villes en Italie sont plus sexistes que d’autres. C’est sûr que si j’étais née dans un pays du Nord, mon parcours aurait été différent. Et j’aime vraiment la scène graffiti de ces pays. Ils sont certainement plus ouverts, la mentalité est certainement plus respectueuse…

As-tu déjà été victime de réflexions parce que tu es une femme ? Par exemple, Sany PUFF montre dans son film des inscriptions type « Go back to the Kitchen »

Initialement, je barrais des pièces et des tags parce que selon eux, les femmes ne devaient pas peindre mais rester à la maison et cuisiner. C’était accablant. Ça a été ma première expérience avec « the sixth » et mon arme pour les combattre c’était de peindre plus et d’avoir un style évolutif. C’est une mentalité chauvine d’hommes qui perdure depuis des siècles. Encore aujourd’hui certains graffiti writers pensent comme ça, c’est de la mauvaise herbe qui ne meurt jamais.

Sany explique que peut-être dans les pays de l’Est la place d’une femme est plus dans la cuisine que dehors avec des bombes pour faire du graffiti. Est-ce qu’une fille qui peint, peu importe d’où elle vient, peut représenter l’émancipation ?

C’est certain que chaque pays a sa culture, son histoire, ses politiques et par conséquent, tu choisis soit de combattre ces situations ou alors tu succombes. Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort. C’est quelque chose qui, en général, nous aide à faire face au monde. Le graffiti m’a rendu tellement plus forte. Les expériences que j’ai connues me permettent de faire face à des problèmes et des difficultés la tête haute.

Quel est ton support favori ?

Maintenant j’aime les murs abandonnés, et avant j’aimais la rue. Dernièrement je me suis passionnée pour le verre.

© Nina TDS

Quels autres supports utilises-tu ?

N’importe quel support que j’aime, les toiles, les panneaux dans la rue, les boîtes de pizzas, les cartes…

Fais-tu des expositions ?

Oui j’expose en Italie et à l’étranger. Et en même temps, j’en suis la conservatrice.

Quels sont tes projets futurs ?

Cette année je me consacre à un projet d’édition pour le magazine Burners qui souhaite faire un focus sur le graffiti sous toutes ces formes et ces expressions. La date de sortie est prévue le 15 Février 2020, à Rome.

Un mot pour la fin ?

Donner le meilleur, toujours.

Lady K.

Traduction : Sarah Gozzi

Nos auteurs invités sont des passionnés ou des professionnels du milieu de l'art urbain...