La balade des amoureux des murs publics de Paris

A Paris, se cachent des mystères. Pour les découvrir, il faut se promener les yeux en l’air. Le street-art est éphémère. Un saisissement de la pierre, de l’édifice le plus délabré. Le plus délaissé. Pour l’éveiller aux regards des passants. Un parcours touristique loin de la Tour Eiffel et de Notre-Dame de Paris, un voyage à la découverte de la capitale. Entre République et Belleville, j’ai testé pour vous la promenade des amoureux des murs publics.

De République à Alibert : la joyeuse résistance

Le voyage commence place de la République. A côté du monument aux morts du 13 novembre 2015, un bloc de street-art. Les visages souriants se mêlent aux tags et au slogan de la ville devenu slogan de la résistance : Fluctuat Nec Mergitur. C’est le début de la route, peinte aux couleurs de la rue.

La Rue Beaurepaire mène au Canal Saint-Martin : lieu propice à l’ivresse de la jeunesse et à l’emportement amoureux. Et où y grouillent les déchets de vie des parisiens : vélib, boue, roues de voiture, jouets, verres en plastique. Apparue comme par merveille entre vase et eau, une peluche : un léopard des neige encore immaculé, sous le deuxième pont. Penchés par-dessus la balustrade, des photographes amateurs figent dans le temps les souvenirs jusqu’ici gardés jalousement par le Canal.

Plus loin, un mur de plusieurs mètres, au croisement de la rue Bichat. Y conversent des dessins d’enfants comme d’adultes, artistes d’un jour ou d’une vie. Le thème est le Bonheur et l’Amour. Et même par temps de pluie, les cinquante nuances de peintures recouvrent la rue sinistre d’un halo lumineux. De quoi faire traîner le pas du promeneur. Ici, les habitués s’agacent tandis que les rêveurs s’arrêtent.

Crédit Photo : Alexandra BOURGES
Crédit Photo : Alexandra BOURGES

D’Alibert à Aix :  les monstres colorés du capitalisme

Nous débouchons sur l’avenue Parmentier, à droite. Retour à la ville. Il est nécessaire de garder les yeux grands ouverts pour repérer les traits de pinceau sur la toile de bitume. Justement, perpendiculaire à la rue au nom de pomme de terre, la rue Jacques Louvel Tessier. S’y trouve une maison. De petits monstres colorés y ont établi domicile. Ils rient aux éclats, à côtés de noms tagués et de messages laissés à la postérité.

Le bâtiment semble venir d’un tout autre monde. Comme la maison de Sirius Black, mais en plus gaie. Peu de personnes semblent la voir et les voitures klaxonnent qui veut s’arrêter. Derrière le muret, semble se cacher un jardin protégé de la réalité urbaine par quelques traits de peinture.

Immédiatement après cet éclat de joie de vivre, la rue d’Aix. Un étroit sentier où peu d’âmes semblent passer. Là, une peinture murale du Capitalisme. Elle représente tout et son contraire, en amas presque indigeste pour des yeux fatigués, doré sur fond bleu. Elle se détache déjà, usée par le temps mais aussi par des mains mal pensantes. En face d’elle, un immeuble où dansent des collages de filles. Une vieille femme ouvre son volet pour accueillir un rayon de soleil bloqué par les bâtiments. A travers la vitre, il est possible de discerner un pantin assis tristement au milieu d’autres jouets récupérés. Antre de l’Horreur ou chambre d’enfants, la fenêtre ne laisse rien entrevoir de plus.

Arrivée Rue Faubourg du Temple. Autre endroit pour s’égarer, loin du bourdonnement touristique. Nous traversons une rue populaire. Les vieilles façades délabrées se mêlent aux contemporaines. Quelques tags par-ci, par-là, par la Cour de Bretagne.

Crédit Photo : Alexandra BOURGES
Crédit Photo : Alexandra BOURGES

Un chemin de traverse à Denoyez

Tout au bout de la rue Belleville. La population y change. Pas de triplettes, mais un nouveau mur, de prostitués cette fois. Elles sont asiatiques et attendent malgré le froid un  client. La rue Dénoyez fait l’angle. Elle est comme un  chemin  de traverse. Une rue entièrement taguée. Tous les bâtiments, dont beaucoup sont à l’abandon. Les poteaux sont également décorés.

Un taggueur fait son office, dos à l’ancien local des artistes squatteurs. Pour voir la vie en rose, il faut déambuler dans le tableau de Paris. Dans cette rue, les rêveries d’un promeneur solitaire sont les bienvenues. Les passants sont en arrêt face aux centaines de détails qui s’affichent gratuitement sous leurs yeux. Sur la droite, le Café des Délices rue Lemon. Un nom aussi acidulé que sa décoration, elle aussi faite de street-art. un penseur est installé, sa tête aussi bleue qu’une orange surplombe le matelas décrépi d’un sans-abris.

Les magasins sont tous tagués. A la page de la rue, comme le Café-Bibliothèque portant la plaque d’une nouvelle intitulée « euh ». Comme si tout dans ce lieu était hors du temps, hors de la métropole. Comme un espace dédié aux arts et au bonheur de flâner.

La rue Ramponeau débouche sur deux visages de femmes révolutionnaires. Deux portraits sublimes, aux traits fins, presque tatoués sur la librairie papeterie. Leurs rides témoignent de l’histoire de la ville, dans laquelle s’inscrit à présent l’Art urbain. Pour finir la promenade des amoureux des murs publics, une mosaïque de verre. Elle forme des oiseaux, autour d’un portail vert rue Bisson. Un dernier éclat de liberté, pour retrouver le Tout Paris.

Par Cerise ROBIN

Crédit Photo :  Alexandra BOURGES

 

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